Ces derniers jours, le manque d’essence et de biens de consommation a semé un vent de panique en Angleterre. Des événements qui ne sont pas sans rappeler la période 1978-1979. Récemment, les images de clients de stations-service qui en viennent aux mains devant des pompes à essence prises d’assaut ont fait le tour du monde, invitant à la comparaison de nombreux observateurs avec l’Hiver du mécontentement, dont l’empreinte dans la mémoire collective britannique semble toujours d’actualité.

 » La social-démocratie ne s’est jamais remise de sa conversion au libéralisme. Elle est à présent soit très affaiblie ou en voie de disparition soit, après avoir renoncé à sa doctrine, elle se maintient comme une formation politique devenue étrangère à elle-même. À moins de se réinventer, elle se fond dans les autres formations et disparaît en tant qu’alternative politique »

Cela fait désormais cinq mois que les frontières entre le Royaume-Uni et l’Union européenne sont rétablies. Et dans un contexte marqué par la pandémie, cela ne s’est pas fait sans heurts. Côté britannique, la crise sanitaire a accentué l’impréparation aux frontières. Et côté européen, l’avance prise par le Royaume-Uni en matière de vaccination a hérissé Bruxelles, qui, en limitant les exportations vers l’outre-Manche de doses de vaccin fabriquées dans l’Union, a enfreint le traité de coopération signé fin décembre.

Depuis la sortie du Royaume-Uni de l’UE, les Européens sont confrontés au durcissement des règles migratoires britanniques, une revendication de l’extrême droite reprise par le premier ministre. L’expérience des Européens au Royaume-Uni illustre concrètement l’immense régression que constitue le Brexit, qui recrée des barrières oubliées entre les acteurs économiques et entre les citoyens. Une situation face à laquelle l’UE se doit de réagir.

Depuis environ 10 ans, la Grande Bretagne détient un prisonnier politique de marque – Julian Assange, lanceur d’alerte hautement distingué par une série de prix internationaux, arrêté sous des allégations suédoises qui se sont avérées fausses, enlevé de force de l’ambassade de l’Equateur à Londres, incarcéré dans une prison de haute sécurité près de Londres, objet d’un procès aussi politique que les récents procès russes contre des opposants comme Alexeï Navalny. Concernant l’opposant biélorusse, les institutions européennes ont décidé d’appliquer des sanctions, en demandant la libération immédiate du journaliste-bloggeur. Peut-on maintenant s’attendre à ce que Bruxelles décide des mêmes sanctions contre la Grande Bretagne ?

Les deux partis écossais favorables à l’indépendance ont renforcé, jeudi 6 mai, leur majorité au Parlement d’Edimbourg et souhaitent désormais l’organisation d’un nouveau référendum. Le premier ministre britannique y est opposé. Mais le Brexit a déclenché une réaction en chaîne des nationalismes, au risque d’un scénario longtemps inimaginable : le délitement progressif du Royaume-Uni.

Les sondages suggèrent que l’électorat ne semble pas s’en soucier – ce qui leur importe, c’est la rapidité avec laquelle ils peuvent se faire vacciner et la rapidité avec laquelle les restrictions de confinement seront levées. Il se peut que le type de changement culturel soit le fruit de la montée de la politique populiste basée sur des slogans associée à la montée de Trump et au processus du Brexit.