En réitérant son appel à « ne pas humilier la Russie », Emmanuel Macron a déclenché une nouvelle vague de critiques et d’incompréhension au moment où la France entend jouer les médiateurs dans le conflit ukrainien. Pour le diplomate américain Daniel Fried, Emmanuel Macron se place dans une « diplomatie de bonne foi ». « Mais le Kremlin est dans une logique de violence », loin des « gestes de bonne volonté ».

C’est désormais l’un des enjeux mondiaux principaux de la guerre initiée par la Russie en Ukraine. Cette dernière est l’une des grandes productrices de céréales du monde, surnommée le «grenier de l’Europe» et dont, notamment, les estomacs des habitants d’une partie importante du pourtour méditerranéen dépendent. Moscou, qui se sert sur la bête et n’hésite pas à détruire stocks et infrastructures ukrainiennes ou à voler en masse du matériel agricole, a fait de ces grains une arme géopolitique majeure.

La guerre en Ukraine a exacerbé la flambée des prix des matières premières énergétiques et agricoles, ce qui menace la sécurité alimentaire de millions de personnes dans les pays en développement. L’indice des prix des produits alimentaires de la FAO (Food and Agriculture Organisation) a augmenté de 12,6 % en mars 2022 et a atteint son plus haut niveau jamais enregistré.

La guerre en Ukraine a créé une légitime émotion qui ne doit pas se transformer en un piège empêchant de l’analyser de façon rationnelle. Face à l’émotion suscitée par les images de destructions et de souffrances du peuple ukrainien, la tentation serait d’intégrer le plus rapidement possible l’Ukraine au sein de la famille européenne. C’est du moins ce que demande explicitement le président ukrainien. Pourtant, quelques éléments de réflexion peuvent être soulignés.

Bien sûr, il y a dans cette guerre en Ukraine un enjeu de défense de valeurs et du droit international face à l’agression d’un pays pacifique et face aux crimes de guerre commis par la Russie. Mais les valeurs défendues par les Occidentaux dans leur soutien à l’Ukraine n’en sont pas l’unique moteur. Les Occidentaux doivent avoir la franchise et la lucidité d’admettre que s’ils réagissent avec autant de force, c’est parce que leurs intérêts sont en jeu.

Depuis le 24 février, l’Europe est bien en guerre, une guerre locale-mondiale d’un genre nouveau, prise dans les frontières d’empires en crise et des structures géo-écologiques mouvantes. Nous sommes en guerre générale au sein de notre « grand » continent, pour la première fois depuis la fin du nazisme. Nous y sommes du fait d’une agression absolument contraire au droit international, qui débouche sur la guerre totale et porte en elle le risque d’une escalade nucléaire.