En intervenant dans cette partie de l’Asie centrale, Erdoğan espère sans doute jouer un rôle diplomatique. Le président Erdoğan «voit des opportunités là où d’autres ne voient que des problèmes», déclarait récemment la directrice d’un think-tank turc. Après l’avoir fait au Soudan, en Somalie et en Libye, détruits et ruinés par des années de guerre civile, le numéro 1 turc semble en effet prêt à engager son pays dans l’Afghanistan des talibans. Mais sur quelles bases: ethniques, religieuses, stratégiques ou politiques?

À toutes les tristes vérités dévoilées aujourd’hui sur l’Afghanistan, jusque dans les grands médias, j’aimerais en ajouter une encore : la guerre, dès le début, fut affaire de politique, non pas en Afghanistan, mais bien aux États-Unis. L’Afghanistan ne fut jamais qu’une question secondaire. Selon le rapport de la commission d’enquête, les attentats terroristes du 11 septembre 2001 furent mis au point sur le territoire américain par des gens qui s’étaient préparés en Floride. Pour la plupart, ces individus étaient saoudiens. Le chef d’Al-Qaida, Oussama Ben Laden, s’était replié en Afghanistan après avoir quitté le Soudan ; il s’établit bientôt au Pakistan et y demeura le restant de ses jours. Les dirigeants talibans de l’Afghanistan ne furent pas accusés d’avoir participé aux attentats du 11-Septembre.

Pendant 20 ans, l’immense fortune des Talibans a semé la mort, la destruction et a fait des ravages en Afghanistan. Elles sont complexes, les finances des Talibans, pas du tout monolithiques et structurellement articulées autour du vaste réseau criminel et mafieux opéré par le réseau Haqqani. Leurs revenus se déclinent en taxes prélevées sur leurs sujets, en trafic de narcotiques, en donations internationales, en investissements immobiliers hors des frontières du pays et en extorsions de compagnies étrangères installées dans les zones situées sous leur contrôle. Une certitude, les Talibans sont aujourd’hui bien plus riches et puissants que lors de l’invasion américaine de 2001.