Il y a un air de déjà-vu dans la montée de tension, puis les décisions allemande et américaine, annoncées hier, de livrer des chars lourds à l’Ukraine. Depuis le début de l’invasion russe, il y a onze mois, chaque étape de l’escalade dans le type d’armement fourni à l’armée de Kiev a donné lieu aux mêmes hésitations, à des contradictions publiques, puis à la décision sous pression. Et ce n’est certainement pas la dernière fois.

Ce devait être l’arme fatale de la Russie pour faire plier l’Occident: plonger ses habitants dans un hiver infernal, froid et noir. C’est finalement un bide presque complet. Comme l’expliquent divers articles de Bloomberg, le président russe Vladimir Poutine a, pour l’instant du moins, échoué dans sa tentative de militarisation du gaz et du pétrole, les deux mamelles de sa nation, dans le cadre de la guerre en Ukraine.

La guerre en Ukraine va-t-elle souder l’Europe face à un adversaire russe dont la brutalité et le mépris du droit sont aux antipodes des valeurs sur lesquelles l’Europe prétend se construire ? Face à la Russie, une identité politique européenne est-elle en train de naître ? La Russie va- t-elle engendrer ce patriotisme européen que les attaques terroristes n’ont jamais réussi à produire ?

Le Président russe a annulé sans explication sa conférence de presse annuelle, rituel de son pouvoir ; le signe d’une stratégie de communication défaillante, à l’image de la performance de son armée en Ukraine. Une explication simple est évidemment que rien ne se passe comme prévu en Ukraine. L’armée russe a reculé autour de Kiev, a subi la contre-offensive de l’Est, et a perdu Kherson, à peine proclamée territoire russe pour l’éternité.

Voici ce que l’oligarque Pougatchev dit de Poutine dans une interview : « C’est un faible dépourvu de volonté qui n’a strictement aucun idéal. Certainement pas un rassembleur des terres russes. […] Poutine aime le confort, la flagornerie éhontée […] C’est un loser en tout. Ce n’est pas quelqu’un qui va se mettre à croire en quelque chose. Il n’est un homme de fer qu’en apparence.

L’interdiction de débarquer du brut russe dans les ports de l’UE et du G7 constitue un levier important pour tarir la principale source de devises dont dispose Vladimir Poutine. Mais, pour l’UE, la ligne de crête est étroite entre sa volonté de hâter la fin de la guerre et celle d’amortir les effets de la crise énergétique.

Le Parlement européen a adopté par 494 voix pour, 58 contre et 44 abstentions une résolution qualifiant la Russie d’« État promoteur du terrorisme » ; les États sont plus réticents à s’engager sur cette voie car ils ne veulent pas se lier les mains. Pour autant, cette posture morale n’est pas facile à traduire en actes diplomatiques par les États.

Au premier congrès des Soviets, le 9 juin 1917, Lénine déclare : « Que la Russie soit une fédération de libres républiques ! « Accédez aux Ukrainiens, et vous ouvrirez la voie à la confiance mutuelle et à une union fraternelle entre deux nations égales. » Pour Poutine, c’est un déni de l’unicité de la grande nation russe, « un peuple trinitaire composé de Grands Russes, de Petits Russes et de Biélorusses. » Cela aboutit à une Ukraine « nationaliste » aux dépens de la Russie historique