Un soleil levant rougeoie à l’horizon depuis à peine une heure dans le petit aéroport de l’île de Lampedusa, située entre la Tunisie et la Sicile. Les trois membres de l’équipage du Seabird, l’avion de l’organisation allemande Sea-Watch piloté par l’ONG suisse Humanitarian Pilote Initiative (HPI), s’engagent sur les pistes. Le tarmac est quasi désert, à l’exception de l’hélicoptère noir et jaune de Frontex, l’agence européenne de garde-frontières et garde-côtes créée en 2004 pour protéger les frontières extérieures de l’espace Schengen.

L’offensive réactionnaire affecte nos représentations de l’autre, sa propre humanité – et la nôtre. Les vagues successives d’émigration qui viennent s’écraser sur les frontières européennes et la déshumanisation de la figure du migrant sonnent comme autant d’interpellations existentielles : Nous Européens, qui sommes-nous ? Que sommes-nous devenus ?

Sous le choc du drame de mercredi, le premier ministre britannique, Boris Johnson, a accusé la France de « ne pas faire assez » d’efforts pour empêcher les migrants d’atteindre ses côtes. « La France ne laissera pas la Manche devenir un cimetière », a proclamé le président Emmanuel Macron. Comme tous leurs prédécesseurs, ils rivalisent de fermeté dans la lutte contre les gangs de passeurs et la protection de la frontière.

L’organisation, par le dirigeant biélorusse, de filières aériennes pour attirer les migrants en leur faisant miroiter un passage vers l’Union européenne est une agression contre les pays frontaliers qui abritent l’opposition biélorusse en exil et, au-delà, contre l’UE. La Pologne ne peut surmonter cette crise qu’avec l’UE. Car si la souveraineté de l’Europe est menacée, la sienne ne vaudra plus grand-chose.

Chaque jour, Calais est le théâtre d’un drame humain à ciel ouvert. Plus de 1.500 exilés sont dispersés dans des camps informels à la lisère de la ville. Ils vivent dans une extrême précarité en attendant de rejoindre l’Angleterre. Une dernière traversée périlleuse, après des années à arpenter les routes pour fuir les atrocités et la misère. Une dernière traversée où leur rêve d’une vie meilleure se heurte à un quotidien insurmontable, rythmé par des expulsions devenues journalières, qui enfoncent toujours plus ces hommes, femmes et enfants dans une vulnérabilité indicible.

La condamnation, jeudi, de l’ancien maire de Riace en Calabre (sud de l’Italie), Domenico Lucano, à plus de 13 ans de prison pour incitation à l’immigration clandestine a provoqué une onde de choc en Italie. L’ancien édile est une figure emblématique de l’accueil et de l’intégration des migrants en Italie. Une politique qui lui avait valu d’être nommé troisième « meilleur maire au monde » en 2010, et parmi les 100 personnalités les plus influentes au monde dans le classement du magazine Fortune.

Seize années au pouvoir, quatre mandats, autant de présidents français côtoyés, des dizaines de sommets de l’Union européenne (UE) menés et des centaines de mesures politiques adoptées… Si Angela Merkel s’est distinguée par sa longévité depuis son élection en 2005, elle laisse surtout derrière elle des choix politiques qui ont profondément marqué l’Allemagne et l’Europe.