Pourquoi les élections de mi-mandat sont-elles presque toujours catastrophiques pour le parti du Président ? En croisant le modèle explicatif des « pertes présidentielles » et le contexte de cette campagne, Mathieu Gallard montre pourquoi les démocrates de Joe Biden ne réussiront probablement pas à conjurer ce mardi la malédiction des midterms — une défaite programmée dont l’ampleur reste toutefois à déterminer.

Si les républicains obtiennent la majorité à l’une des deux chambres du Congrès aux élections de mi-mandat du 8 novembre, comme les sondages le prédisent, la politique étrangère de Joe Biden pourrait entrer dans une période de turbulences, quoiqu’un revirement complet sur l’Ukraine apparaisse peu probable.

Une rupture vient de se produire cet été aux États-Unis. Avec l’Inflation Reduction Act, Washington a placé l’ambition climatique du côté de la politique industrielle verte, espérant bâtir autour de son programme massif des coalitions d’intérêts économiques et sociaux. Tandis qu’en Europe le marché carbone reste l’instrument principal de l’Union, les implications d’une telle divergence de méthode semblent immenses. Il faut les étudier de près.

Ce plan, le plus gros investissement jamais adopté aux Etats-Unis dans la lutte contre le changement climatique, vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici à 2030. Il prévoit aussi la baisse du prix des médicaments et l’adoption d’un impôt minimal pour les grandes entreprises. Une victoire politique pour les démocrates à l’approche des élections de mi-mandat.

La démocratie redevient le cheval de bataille de la diplomatie états-unienne, considère Corentin Sellin, professeur agrégé d’histoire. « Il y avait des réminiscences de guerre froide dans le discours » de Joe Biden samedi, à Varsovie. Le président américain a violemment attaqué son homologue russe Vladimir Poutine, le qualifiant de « boucher » et jugeant qu’il ne pouvait « pas rester au pouvoir » après son invasion de l’Ukraine, une déclaration immédiatement tempérée par la Maison Blanche.

Face à l’invasion russe, l’administration Biden confirme les grandes lignes de sa politique étrangère en une illustration de la redéfinition démocrate de la politique étrangère : répondre aux crises par la voie diplomatique, économique et multilatérale plutôt que par l’usage de la force militaire, même si la dimension militaire est bien présente à travers l’aide apportée par les États-Unis à l’Ukraine.