Face au spectre d’une « guerre sans fin », le retrait progressif d’Afghanistan et d’Irak est présenté comme l’échec voire l’acte de décès du néoconservatisme. Une telle analyse mérite d’être nuancée et relativisée. Si l’interventionnisme au nom de la démocratie et du « nation building » n’est plus au programme international des Etats-Unis, les représentations qui l’ont légitimé perdurent et continuent d’imprégner les discours et imaginaires collectifs

Lorsque, le 11 septembre 2001, deux avions de ligne ont percuté les tours jumelles du World Trade Center, les Etats-Unis étaient au zénith de leur moment unipolaire. Auréolée de sa victoire de la guerre froide, de sa prospérité économique et de sa suprématie technologique après avoir lancé la révolution numérique, la puissance américaine paraissait solidement installée au faîte du monde. Les attaques quasi simultanées menées ce matin-là par les terroristes d’Al-Qaida à New York et contre le Pentagone à Washington ont changé les Etats-Unis. La façon dont ils ont réagi a changé le monde.

Pour l’organisation Etat islamique (OEI), désignée sous son acronyme arabe de Daech, l’attaque de Kaboul représente l’opération la plus meurtrière jamais menée contre l’armée américaine, pourtant désignée comme l’ennemi « croisé » à abattre par Abou Bakr al-Baghdadi, le fondateur et pseudo-calife du groupe. Cette macabre « victoire » ne peut que conforter la position de Said al-Mawla, alias Abou Omar al-Turkmani, le successeur à la tête de l’OEI de Baghdadi, tué dans un raid américain en Syrie en octobre 2019.