Une société sans consensus sur ce qui est vrai est-elle possible ? Cette question se pose depuis le début de la pandémie de SARS-CoV-2 qui s’est caractérisée par une véritable « infodémie », une épidémie de fausses informations, parfois relayées par les décideurs politiques eux-mêmes. En santé publique, cette infodémie a fait presque autant de dégâts que les infections par le virus lui-même, estiment plusieurs chercheurs.

L’emprise du numérique sur nos existences contribue à une perte tendancielle du taux de confiance des individus dans les institutions. S’est progressivement imposée sous nos yeux, à bas bruit, une conviction d’une tout autre nature, selon laquelle ce qui compte, ce n’est plus tant la recherche de la vérité que l’affirmation de soi. L’identité plutôt que la vérité.

En attaquant la réalité, ces stratégies contribuent à la changer. Les plus de 30.000 affirmations fallacieuses attribuées à Donald Trump lors de ses quatre années de présidence ont préparé une majorité de ses partisans à croire à la « giga-fraude électorale » qui l’aurait privé d’un second mandat. Une croyance qui hante désormais la démocratie américaine et qui corrode le principe du consentement informé sur lequel elle est théoriquement fondée.

En délimitant les discours acceptables de ceux qui ne le sont pas, les principales plateformes assument petit à petit leur rôle d’éditeur. Mais les discours de haine et les fake news trouvent refuge ailleurs. Tous les réseaux sociaux de masse ont leur équivalent en plus souple. Indésirable sur YouTube ou Twitch? Odysee et DLive sont moins regardants. Banni de Facebook ou Twitter? Gab, Parler et VKontakte font parfaitement office de refuge.

Durant six mois, GPT-3, l’intelligence artificielle mise au point par l’organisme OpenAI, a produit des fake news sous la forme de tweets aussi précis sur le fond que bien tournés sur la forme. Une expérience réalisée par une équipe de chercheurs de l’université Georgetown, qui vient de publier les conclusions de son étude.

a nature de la guerre continue a évolué, ayant comme conséquence qu’on est parfois face à des guerres nouvelles qui ne disent pas leur nom. Les campagnes de désinformation sont devenues de véritables armes de perturbation massive, affaiblissant le bon fonctionnement de nos sociétés démocratiques. Elles se répandent et circulent rapidement, sont peu coûteuses et ont un impact élevé. Pour le professeur Giordano, le cerveau humain est ainsi devenu le champ de bataille du 21e siècle.