Le fascisme n’a sans doute jamais vraiment quitté l’horizon politique italien. Dès 1946, des dignitaires de la République de Salo[4] ont créé le MSI (Mouvement Social Italien) d’où est issue Meloni. À la fin du XXe siècle, un courant historique révisionniste a mis sur le même pied fascistes et antifascistes considérés désormais comme des combattants également honorables de la guerre civile (1943-1945). Et en 1994, Berlusconi avait intégré des ministres du MSI dans son gouvernement. La banalisation était déjà en cours.

Les trois partis de la coalition droite-extrême droite en Italie sont divisés sur la guerre en Ukraine et les relations avec la Russie. Giorgia Meloni, la possible première ministre, est atlantiste quand ses alliés sont pro-Poutine. Si les électeurs italiens donnent bien la victoire dimanche à un parti héritier du fascisme, ce sera un électrochoc politique majeur, et pas seulement pour l’Italie.

L’issue des élections législatives du 25 septembre prochain provoquées par la démission du gouvernement Draghi (le 21 juillet dernier) ne fait guère de doutes. La droite et l’extrême — droite[1] devraient l’emporter haut la main. Les sondages (même si l’on s’en méfie) sont unanimes et accordent autour de 45 % des suffrages à la coalition regroupant les Fratelli d’Italia (extrême-droite) de Giorgia Meloni, La Lega de Matteo Salvini et Forza Italia toujours aux mains de l’éternel revenant Silvio Berlusconi.

Quelle que soit l’issue de l’élection, on peut déjà être sûr d’une chose : nous n’assisterons pas au paisible retour d’un rassurant clivage gauche-droite. D’abord parce la droitisation générale du paysage politique correspondent à une tendance lourde, que le macronisme au pouvoir a dangereusement accentué. Ensuite car il faudra un long travail pour que les forces de gauche parviennent à s’unir et à accéder au pouvoir.

C’est une application d’une idéologie libérale méritocratique. Chacun mérite son sort, chaque individu est maître de son destin social. Le chômeur, surtout le chômeur de longue durée, est perçu comme le responsable de sa situation, et comme vivant au crochet de la société, alors que le travail est perçu comme un vecteur d’émancipation.