Emmanuel Macron rompt avec ce schéma en se présentant comme étant « en même temps » de droite et de gauche : il ne se conçoit pas comme le porte-parole d’une idéologie ou d’une partie du corps social, mais comme un individu placé au-dessus des appartenances partisanes et qui doit attirer les suffrages par ses qualités personnelles, le volontarisme, la compétence, le pragmatisme… Emmanuel Macron joue résolument du caractère aristocratique de l’élection.

Les Suisse Secrets s’inscrivent dans la continuité des révélations des Panama Papers et des Paradise Papers. Cette fois, ce nouveau scandale se singularise : il s’agit d’une grande banque située en plein cœur de l’Europe, dans l’un des pays les plus prospères au monde, un pays où l’« Etat de droit » est censé régner en maître. La Suisse menace même les journalistes et autres personnes susceptibles d’obtenir des informations qui seraient tentés de lever le voile sur ce qui se trame dans l’ombre de son système financier.

Tout indique donc que, dans les années qui viennent, les États-Unis évolueront vers un État que l’on ne pourra plus qualifier de démocratique, parce qu’un nombre grandissant d’électeurs seront empêchés de voter, et que dans certains États les « grands électeurs » qui devront certifier la victoire du président élu ne refléteront plus les votes exprimés dans leur État.

Les nouveaux populistes refusent désormais les résultats des urnes. Comme le formule le dramaturge Tom Stoppard dans une maxime lumineuse : « la démocratie est un système où les partis perdent les élections ». À cette aune, le recul est patent. Ainsi de Donald Trump qui parle de « vol » et de « mensonge » à propos de sa présidentielle perdue.

Et si les États-Unis perdaient leur système démocratique ? La question n’est pas simplement rhétorique ou le scénario d’une série dystopique, mais le sujet d’un débat tout ce qu’il y a de plus sérieux dans la société américaine. Un an après les incidents du Capitole, l’Amérique s’inquiète pour sa démocratie, certains redoutent même une guerre civile. L’élection de Joe Biden n’a pas apaisé une société polarisée.

L’événement a trahi l’embarras américain, à la fois sur la liste, critiquée, des invités, mais aussi dans l’aveu même du président Biden selon qui les Etats-Unis n’étaient pas toujours à la hauteur des idéaux démocratiques. L’ampleur de cette panne américaine entrave Joe Biden dans sa quête d’une réponse au malheur démocratique éprouvé dans son pays comme dans de nombreux autres. Il n’y a aucune raison de s’en réjouir.

Ce dérèglement n’épargne pas non plus les piliers les plus anciens de la démocratie libérale. La multiplication des offensives contre les indispensables contre-pouvoirs, qui sont pourtant les garants de son bon fonctionnement, en Europe comme aux Etats-Unis, en témoigne, sans compter les effets dévastateurs de réseaux sociaux qui y attisent les haines.