La peur du prochain scrutin incite au contraire à privilégier les aspirations les plus simples, les plus immédiates.
Il y a là de quoi désespérer des élections, qui tendent désormais à pervertir la démocratie au lieu de l’accomplir. Nous avons besoin d’élections comme de pain. Mais nous ne savons plus, désormais, comment éviter leurs effets pervers. Les élections sont devenues la meilleure et la pire des choses en démocratie.

Le projet de réforme judiciaire divise profondément Israël depuis plusieurs semaines. Annoncée début janvier, la réforme judiciaire israélienne vise à accroître le pouvoir des élus sur celui des magistrats. Elle comprend notamment l’introduction d’une clause « dérogatoire » permettant au Parlement d’annuler à la majorité simple une décision de la Cour suprême. La tension est montée d’un cran ce week-end, lorsque le Premier ministre Benyamin Netanyahou a limogé son ministre de la Défense, Yoav Gallant, qui venait d’appeler à une pause d’un mois dans le processus de réforme.

Au-delà du contournement voire de la « trahison » des corps intermédiaires, c’est le discrédit sans appel jeté sur les oppositions qui interroge : les syndicats sont rejetés dans la catégorie à des « corporations » nuisibles[3], qui freinent l’action politique ; les associations sont suspectées en bloc de séparatisme, ceux luttant contre les discriminations deviennent des « islamo-gauchistes » ; enfin, on n’hésite plus à qualifier d’« écoterrorisme » des atteintes aux biens commises par des militants environnementaux.

Le Président israélien a appelé au retrait des réformes judiciaires de Netanyahou. Un schisme menace Israël,il y a dans la vague de protestations actuelles une dimension existentielle ; non pas comme en temps de guerre, sur la survie même de l’État hébreu – mais sur son identité, son système politique, ou encore le poids de la religion. C’est parfois difficile à comprendre de l’extérieur, où nous regardons le plus souvent cette partie du monde à travers le seul prisme du conflit israélo-palestinien – qui est, lui aussi, en train de s’aggraver… Un attentat hier soir à Tel Aviv est d’ailleurs venu rappeler que les deux crises évoluent en parallèle.

Si cette réforme entend rogner l’État de droit pour les citoyens juifs, elle ouvre plus encore la voie à un renforcement drastique des mesures de ségrégation envers les Palestiniens. Beaucoup d’Israéliens craignent qu’Itamar Ben Gvir et les siens multiplient les provocations pour mener à une troisième intifada, qui ouvrirait la porte à leurs rêves d’annexion définitive des territoires occupés.

En procès pour corruption depuis 2021, le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, instaure un rapport de force toxique avec les juges. Il assure avoir été élu en novembre 2022 sur la promesse de mener à bien cette réforme. Mais il a échoué depuis à convaincre les Israéliens de sa nécessité comme de l’urgence à la faire adopter, ainsi que le montrent les enquêtes d’opinion.

Les révélations d’une enquête d’un consortium de cent journalistes du monde entier montrent qu’une société israélienne se livre à des opérations de déstabilisation et de désinformation à la demande. Un scandale qui menace la démocratie elle-même. epuis le référendum sur le Brexit et l’élection de Donald Trump, qui remontent à 2015, on sait que la manipulation de l’opinion à l’heure d’internet est passée au stade industriel. La vraie surprise de l’affaire « Team Jorge » n’est pas que ces pratiques existent : c’est qu’elles continuent à grand échelle.

Le constat est largement partagé : le citoyen a le sentiment d’être moins souverain, d’être moins acteur du destin collectif. Les gouvernements changent, mais pas la politique. Mais au-delà du constat, le désaccord est profond sur les solutions.
La tendance actuelle est d’introduire plus d’idéalisme démocratique dans les institutions. Mais pour l’école dite réaliste, on risque surtout d’affaiblir la capacité d’action des dirigeants et d’affaiblir encore la coupure avec les électeurs.

Israël s’inquiète d’un possible froid avec les États-Unis et l’Europe en raison du programme de la coalition avec l’extrême-droite qui vient de s’installer au pouvoir. Par le passé, l’Autriche a été mise en quarantaine pour avoir pactisé avec le dirigeant d’extrême-droite Joerg Haider…Personne n’a encore osé appeler au boycottage de Benyamin Netanyahou.Et pourtant, les dirigeants politiques avec lesquels il a bâti la coalition au pouvoir en Israël font passer les ténors de l’extrême-droite européenne pour de pâles centristes.

L’État de droit est menacé par des forces politiques populistes. Dans différents pays, une véritable guérilla est déclenchée contre le pouvoir judiciaire. Au cœur de cette bataille : le juge constitutionnel. Le plus récent épisode de la guérilla contre le pouvoir judiciaire se déroule en Israël. Sous la pression des religieux, Benjamin Netanyahu se fait un plaisir d’utiliser sa majorité d’occasion pour museler la Cour Suprême.