« Ce retour des blocs était en gestation depuis déjà quelque temps, conséquence de la politique toujours plus agressive de dirigeants autoritaires décidés à remettre en cause l’actuel statu quo comme Poutine à Moscou ou Xi Jinping à Pékin. Mais si la première guerre froide opposait les Etats-Unis à une URSS forte et une Chine faible, Joe Biden doit faire face à la fois à une Chine très forte et une Russie très agressive », note Michel Duclos, de l’Institut Montaigne.

Il a finalement été publié in extremis mercredi 31 août. Le rapport très attendu des Nations unies (ONU) sur la province chinoise du Xinjiang ne prononce pas le mot de génocide, mais évoque de possibles « crimes contre l’humanité » commis par la Chine à l’encontre des Ouïgours. Faisant état de « preuves crédibles » de tortures et de violences sexuelles envers cette minorité musulmane dans cette région de l’ouest de la Chine, il appelle la communauté internationale à agir.

Ne pas se ranger du côté des États-Unis, ni apporter de soutien inconditionnel à Moscou… L’invasion russe de l’Ukraine ne facilite pas la position de Pékin.La tournure prise par le conflit en Ukraine ne peut qu’étonner les dirigeants chinois. Vladimir Poutine les avait prévenus de l’attaque qu’il allait lancer contre l’Ukraine lorsqu’il est venu à Pékin, le 4 février, à l’occasion du lancement des Jeux olympiques d’hiver. Mais il était probablement évident pour le président russe qu’elle devait s’achever victorieusement en quelques jours.

Face à la nouvelle pandémie de coronavirus qui frappe leur pays, les dirigeants chinois n’imaginent pas gérer la crise différemment que depuis deux ans. L’objectif, résumé dans la formule «zéro Covid», reste de faire totalement disparaître ce variant Omicron. Mais le verrouillage que connaît le pays épuise la population comme l’économie: jusqu’à quand et à quel prix la Chine pourra-t-elle le tenir?

L’invasion de l’Ukraine par la Russie – une violation flagrante du droit international à l’origine d’un désastre humanitaire – enfonce le dernier clou du cercueil de l’ordre international « libéral » issu de l’effondrement de l’Union soviétique en 1989. Cet ordre était déjà sur le point de trépasser après avoir été mortellement atteint par le conflit géopolitique sino-américain et la réaction contre l’hypermondialisation. Le conflit en Ukraine met fin à tout espoir de le ressusciter.