Face à la nouvelle pandémie de coronavirus qui frappe leur pays, les dirigeants chinois n’imaginent pas gérer la crise différemment que depuis deux ans. L’objectif, résumé dans la formule «zéro Covid», reste de faire totalement disparaître ce variant Omicron. Mais le verrouillage que connaît le pays épuise la population comme l’économie: jusqu’à quand et à quel prix la Chine pourra-t-elle le tenir?

L’invasion de l’Ukraine par la Russie – une violation flagrante du droit international à l’origine d’un désastre humanitaire – enfonce le dernier clou du cercueil de l’ordre international « libéral » issu de l’effondrement de l’Union soviétique en 1989. Cet ordre était déjà sur le point de trépasser après avoir été mortellement atteint par le conflit géopolitique sino-américain et la réaction contre l’hypermondialisation. Le conflit en Ukraine met fin à tout espoir de le ressusciter.

S’il est un pays qui pourrait être capable de peser sur la Russie pour qu’elle arrête son offensive en Ukraine, c’est la Chine. Mais Pékin évite de mettre le poids de sa puissance économique dans une tentative d’arbitrage entre Moscou et Kiev. Les relations diplomatiques et économiques sino-russes ont été renforcées début février lors du voyage de Vladimir Poutine à Pékin. Ceci alors que les échanges commerciaux sino-ukrainiens s’étaient considérablement renforcés depuis une dizaine d’années. Pour des raisons diplomatiques et économiques, Pékin se place plus que jamais en observateur neutre, loin du soutien auquel Moscou pouvait s’attendre il y a encore quelques semaines.

La première impression d’ensemble est sans doute une certaine déception sur la politique étrangère, qui devait être une force de cette nouvelle administration démocrate : un président avec un demi-siècle d’expérience internationale, au Congrès pendant quatre décennies puis à la vice-présidence pendant 8 ans ; une équipe compétente, et qui avait fait son travail sur la crise de la politique étrangère américaine. la politique étrangère de sa première année confirme certaines continuités sur deux voire trois administrations, et illustre les effets de la polarisation sur la politique étrangère américaine.

Le président américain Joe Biden n’a cessé de présenter la rivalité entre son pays et la Chine comme une bataille entre la démocratie et l’autocratie, un affrontement idéologique évocateur de la guerre froide. Cette analogie est inexacte – les États-Unis et la Chine sont en compétition pour la suprématie stratégique mondiale – et exclut pratiquement toute résolution des différends.

Les bases d’une cohabitation pacifique des deux puissances chinoise et américaine n’existent plus. Jusqu’ici, la Chine ne remettait pas en cause le leadership mondial des États-Unis et ces derniers ne s’intéressaient pas à la nature du régime chinois. Aujourd’hui, Pékin revendique la première place mondiale et Washington ne cesse de mettre en avant le caractère autoritaire et dictatorial du régime.

Jean Marie Guéhenno s’interroge sur le choix dramatique qui risque de s’imposer à l’Occident, tenu d’arbitrer entre les GAFA et la Chine. Dans les deux cas on a vu naître des puissances, entreprises comme Google ou Facebook ou étatiques comme la Chine, qui tentent de dominer le monde grâce au contrôle exclusif des données. Un conflit majeur, très différent de la guerre froide, se profile donc entre des géants tous américains et une Chine, bien plus puissante et redoutable que la défunte URSS.