Cela fait déjà un certain temps que l’on accuse le Covid Safe Ticket (CST) d’être discriminatoire, et ce ne sont pas les propos hallucinants d’Emmanuel Macron, en France, qui vont calmer le jeu. Mais ce n’est pas cela qui se joue en Belgique. Le CST n’est pas un pass vaccinal, et si le monde politique pousse les non-vaccinés à changer d’attitude, il n’a jamais dit vouloir leur nuire. Cependant, cela ne règle pas la question de fond .

Le parlement va donc s’emparer du débat sur la vaccination obligatoire. Dans le même temps, le commissaire corona Pedro Facon remet un rapport au gouvernement dans lequel il prône un passe vaccinal plutôt que l’obligation. Quelles sont les valeurs ou les principes en jeu entre l’obligation et le pass vaccinal. Au-delà de la nécessité ou des réalités épidémiologiques, quelles sont les logiques éthiques à l’œuvre derrière les deux formules ?

L’emprise du numérique sur nos existences contribue à une perte tendancielle du taux de confiance des individus dans les institutions. S’est progressivement imposée sous nos yeux, à bas bruit, une conviction d’une tout autre nature, selon laquelle ce qui compte, ce n’est plus tant la recherche de la vérité que l’affirmation de soi. L’identité plutôt que la vérité.

La crise sanitaire a certainement accéléré les inégalités. La fortune des plus riches a été accélérée par les marchés financiers, alors que de l’autre côté du spectre, la crise sanitaire a fait basculer des millions de gens dans la pauvreté. Mais ce que la crise sanitaire a plus accéléré encore, c’est bien la transformation numérique de nos existences. Non seulement elle a rendu les technologies numériques plus fortes et puissantes que jamais, mais elle a aussi précipité toutes nos pratiques, tous nos usages dans des formes toujours plus numérisées.

Le mot est avant tout une construction idéologique qui sert de «disqualification globalisante. On désigne par ce terme le féminisme dont on ne veut pas, c’est une facilité.» «Aujourd’hui, on met dans “néo-féministe” aussi bien l’écriture inclusive que l’intersectionnalité, l’idéologie décoloniale ou même la lutte pour l’élargissement du droit à l’avortement, estime-t-elle. Tout est amalgamé, comme si, lorsqu’on était pour l’écriture inclusive, on était aussi complice du terrorisme islamiste. Ce sont des globalisations détestables.»

En attaquant la réalité, ces stratégies contribuent à la changer. Les plus de 30.000 affirmations fallacieuses attribuées à Donald Trump lors de ses quatre années de présidence ont préparé une majorité de ses partisans à croire à la « giga-fraude électorale » qui l’aurait privé d’un second mandat. Une croyance qui hante désormais la démocratie américaine et qui corrode le principe du consentement informé sur lequel elle est théoriquement fondée.

L’enjeu ici c’est de savoir si on sacralise l’enfant comme un individu, ou si on le considère comme faisant partie d’une communauté. Vaste débat entre liberté individuelle et liberté collective qui nous poursuit depuis près de deux ans. Pour les philosophes c’est un débat passionnant, pour les politiques c’est un débat à haut risque.

Professeure de science politique à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Frédérique Matonti publie Comment sommes-nous devenus réacs ? (Fayard, novembre 2021), essai dans lequel elle montre comment le débat public est passé d’une dominante « rouge » à « brune » en moins de quarante ans, avec nombre de voix de gauche reprenant les thèmes naguère réservés à la seule extrême-droite. Entretien.