Nous, acteurs de la société civile européenne, sommes inquiets des menaces qui pèsent sur la protection des données personnelles en Belgique et des brèches qu’elles ouvrent en la matière dans toute l’Europe. La Belgique traîne la patte pour transposer la directive européenne dans le droit national. Et menace de virer la lanceuse d’alerte d
sur la protection des données.

Le président des socialistes flamands, Conner Rousseau, suscite la polémique : quand je passe en voiture dans Molenbeek je ne me sens pas non plus en Belgique. Les socialistes francophones ont vivement réagi, les socialistes flamands l’ont largement soutenu. L’épisode démontre la faille qui sépare le nord et le sud au sujet de l’intégration et du sentiment national.

La politique d’accueil qui différencie les réfugiés ukrainiens et les personnes originaires d’autres continents n’est pas acceptable. Des êtres humains ne peuvent être « invisibilisés » .Ces personnes – migrant.es, sans-papiers, demandeurs de protection internationale, adultes, familles, enfants – n’existent tout simplement pas. Elles n’ont droit à rien, au mépris de tout. Elles sont invisibles. Invisibles en tant qu’individus, mais omniprésentes en tant que « problèmes » à régler.

Les Kurdes, tant qu’ils combattaient pour nous « Daesh », étaient respectés. Il faut dire que sans les combattants kurdes, le « khalifat » de « Daesh » serait aujourd’hui une réalité. Mais aujourd’hui, nous n’avons plus besoin des Kurdes, donc, personne ne réagit aux attaques aériennes turques sur des régions kurdes en Irak. Mais bombarder des régions situées dans un pays voisin, cela ne s’appelle pas une attaque guerrière ? Comme celle de Poutine sur l’Ukraine ? Pourquoi personne ne s’insurge contre cette nouvelle violation turque du droit international ?

L’« ubérisation » du travail, et plus largement la « plateformisation » de l’économie, colonise progressivement des pans entiers de notre existence, de manière dissimulée mais certaine : repas, transports, rendez-vous médicaux, ménage… et même l’Etat. Tout serait plateformisable, « accessible en 2 clics ».C’est le travail mort à la place du travail vivant, privilégiant le client au citoyen, au bénéfice d’une société progressivement déshumanisée.

L’Ukraine, célébrée dans le monde entier, sortirait donc dépecée du conflit. Mais cette situation impliquerait également une fracturation durable de l’Europe. En effet, si Vladimir Poutine ne restitue pas ces territoires, une normalisation des relations entre la Russie et les pays occidentaux semble impossible. L’Europe connaîtrait dès lors une fracture majeure entre l’ensemble des pays de l’OTAN et la Russie.

Finalement, il ne faut ni ignorer, ni surinvestir le droit international. En tant que discours dont la légitimité est acceptée par les acteurs de la scène internationale, il peut être mobilisé pour dénoncer les agressions et les crimes. En tant que discours toujours, il ne peut remplacer les choix politiques délicats qui doivent être effectués et assumés, en Ukraine comme ailleurs.

Le président des États-Unis avait dès son arrivée au pouvoir dénoncé l’axe des pays autoritaires contre lequel il voulait mettre en œuvre un axe des régimes démocratiques. Il est essentiel, et c’est là la mission des pays européens, d’éviter de créer un nouveau clivage idéologique et une nouvelle division du monde en deux blocs antagonistes, d’autant qu’à se lancer dans une telle entreprise, les pays occidentaux risquent fortement de ne pas être suivis par nombre de pays asiatiques, africains et latino-américains.