Que se passe-t-il en Israël?

 

Au lendemain des élections et jusqu’à la constitution de ce gouvernement, de très loin le plus « à droite » et le plus « religieux » de l’histoire de l’Etat d’Israël, ce sont plutôt la stupeur et la tristesse qui l’emportaient dans de larges secteurs de la société. Voir Binyamin Netanyahou, sous le coup de trois accusations pour corruption, et en procès devant le tribunal de district de Jérusalem, être à nouveau Premier ministre, voir avec effroi la liste problématique des élus du Likoud, constater l’appétit féroce des partis ultra-orthodoxes, décidés à obtenir des fonds énormes de l’État et à faire passer des lois de coercition religieuse, voir deux partis d’extrême-droite racistes, annexionnistes et homophobes obtenir des portefeuilles ministériels importants, et surtout voir le délinquant Itamar ben Gvir, ancien partisan du néo-fasciste Meir Kahana, chef du parti raciste Force juive recevoir le ministère de la Sécurité intérieure, tout cela ne présageait vraiment rien de bon. Lorsqu’on a su les exigences incroyables des partenaires du Likoud, et le fait que Netanyahou avait finalement accédé à toutes leurs demandes, la tristesse a commencé à faire place à la colère, y compris dans les rangs de la droite « modérée » qui avait pourtant voté Likoud.

Et malgré tout, beaucoup s’étaient laissés à penser qu’au fond ce n’était pas si terrible, que Netanyahou était un homme expérimenté qui ne se laisserait pas dicter sa conduite, et qu’au fond le Premier ministre était un « pragmatique » sans réelle idéologie. Ce qu’on pensait surtout, c’est que le Premier ministre voudrait s’attaquer en priorité aux deux grands problèmes qui inquiètent  la population israélienne, à propos desquels il avait vivement attaqué le précédent gouvernement, et sur lesquels il avait fait toute sa campagne électorale : la cherté de la vie, devenue insupportable en particulier pour le public du Likoud, constitué des couches les plus défavorisées de la société, les villes de développement de la périphérie ; et la sécurité intérieure, menacée par le terrorisme, l’absence de toute autorité dans le sud du pays, notamment autour des tribus bédouines, et les dangers aux frontières, face au Hamas à Gaza et au Hezbollah au Liban.

C’est donc avec stupéfaction et même incrédulité, que l’ensemble du pays a vu le nouveau gouvernement s’attaquer en premier lieu aux institutions judiciaires du pays et tout particulièrement à la Cour Suprême, pourtant considérée dans le monde entier comme un modèle et comme le pilier de la démocratie israélienne. Deux hommes ont été chargés par Netanyahou de mener à bien cette « révolution judiciaire » : le nouveau ministre de la Justice Yariv Levine (Likoud) et le président de la Commission des lois de la Knesset, Simha Rotman. De quoi s’agit-il exactement ? Il s’agit de faire passer une série de lois dont l’unique but est d’affaiblir au maximum les pouvoirs de la Cour Suprême pour, en réalité, faire du pouvoir judiciaire un instrument du gouvernement (qui règne déjà sur le pouvoir législatif grâce à sa majorité).

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