La nature bientôt cotée en Bourse?

La finance ne connaît aucune frontière. Après avoir étendu son emprise à l’ensemble du champ économique et social, elle s’apprête à conquérir un nouvel eldorado : la nature.

Sous l’impulsion notamment de la Commission européenne, la création de marchés sur la destruction de l’environnement pourrait en effet être promue à l’issue de la COP15 de la biodiversité de Montréal, qui s’est ouverte ce mercredi 7 décembre.

Dans un futur proche, donc, les entreprises pourraient avoir la possibilité d’acheter et de vendre en bourse de véritables « permis de détruire » la nature. Concrètement, au lieu d’arrêter la destruction de la nature, ces instruments financiers donneraient à leur détenteur le droit de causer des dommages à la biodiversité dans un lieu donné car ceux-ci seraient « compensés » par la conservation ou la restauration d’un écosystème de « valeur » équivalente ailleurs.

Ces futurs marchés sur la destruction de la nature reposent pourtant sur une double fiction, qui rend leur utilité plus que douteuse.

La première est l’idée qu’il serait possible de « compenser » la destruction de biodiversité. Selon cette approche, une entreprise souhaitant, par exemple, construire un aéroport en Espagne à un endroit où se trouve un habitat de flamants roses pourrait en compenser la destruction en plantant des arbres en Roumanie. Or, les écosystèmes ne sont pas substituables : il ne suffit pas de recréer des milieux artificiels pour compenser la destruction de milieux naturels. La biodiversité est en effet une réalité biophysique unique et complexe. Et, à supposer même que les restaurations envisagées soient jugées équivalentes, d’autres problèmes se posent. Tout d’abord, si les dégâts causés sont immédiats et irrémédiables, les restaurations sont par essence progressives et bien souvent temporaires. On ne compte d’ailleurs plus les projets de compensation carbone (boisement, reboisement, etc.) qui sont déjà partis en fumée ces dernières années sous l’effet du changement climatique.

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