Les rêves contrariés « d’ouverture à l’Est » de Viktor Orbán 

Le 24 février au matin, Viktor Orbán a dû se réveiller bien contrarié. Alors que le monde entier apprenait avec effroi le déclenchement de la guerre en Ukraine, le Premier ministre hongrois rassemblait ses hommes en urgence  : comment devait-il, lui le grand promoteur d’un rapprochement avec le Kremlin, l’ami de Vladimir Poutine, réagir à ce bouleversement  ? Viktor Orbán vise un quatrième mandat d’affilée aux élections législatives du 3 avril, et il ne faudrait pas que sa proximité avec le Kremlin se retourne contre lui au dernier moment.

Pendant qu’Orbán et ses troupes doutaient, les partis de l’opposition, sous la direction de leur candidat commun Péter Márki-Zay, ont dû se réjouir. Le soir même, ils se réunissaient en face de l’ambassade de Russie. Certes pour exprimer leur soutien envers l’Ukraine, mais surtout pour s’attaquer au Premier ministre, qu’il devenait alors si facile d’associer au dictateur criminel russe. Márki-Zay, qui n’a toujours pas sa langue dans sa poche, l’accusait ainsi d’être « un traître à la patrie« , quasiment « coresponsable » de la guerre en Ukraine.

Il faut dire que les liens tissés par Viktor Orbán entre son pays et le géant russe sont nombreux et d’importance. La dépendance au gaz d’abord  : entre 80 % et 90 % des besoins en gaz de la Hongrie sont assurés par des importations russes. Un élément qui peut être nuancé par la dépendance générale des Européens dans ce domaine, mais qui demeure en réalité essentiel pour comprendre le volontarisme hongrois. Baisser le prix des énergies pour les ménages est l’une des pierres angulaires de la stratégie gouvernementale. En septembre dernier, Budapest signait même un contrat de 15 ans avec le géant russe de l’énergie Gazprom, pour un tarif préférentiel. Alors que le prix du gaz atteint des sommets, le Fidesz sait qu’il ne peut pas risquer de contrarier son électorat, biberonné aux prix bas de l’énergie, et qui souffre déjà de l’inflation et de l’effondrement du forint.

Cependant, le rapprochement magyaro-russe va bien au-delà de la seule question du gaz. Dès son retour aux affaires en 2010, celui qui se fit connaître en 1989 par son cri d’amour envers l’Occident et son rejet de l’occupation soviétique, lançait en grande pompe son «  Ouverture à l’Est  ». Un changement idéologique aussi spectaculaire que total. Au fil des années, Viktor Orbán développe une doctrine se fondant sur la présomption du déclin irréversible de l’Occident, au profit d’un Est dont l’ascension au sommet est désormais inéluctable. La Turquie d’Erdogan, la Chine de Xi Jinping et bien sûr, la Russie de Vladimir Poutine sont présentées comme les futurs maîtres du jeu, avec lesquels la Hongrie serait bien inspirée de s’associer.

La suite ici : Les rêves contrariés « d’ouverture à l’Est » de Viktor Orbán – Le Grand Continent