L’invasion de l’Ukraine par la Russie enfonce le dernier clou du cercueil de l’ordre international « libéral »

L’ordre international que nous laissons derrière nous reposait sur un postulat : l’intérêt économique (essentiellement celui des grandes entreprises, des banques et des investisseurs basés aux USA et en Europe occidentale) allait mettre le monde sur la voie de la prospérité et permettrait de désamorcer les conflits. Des puissances moyennes ou montantes comme la Russie et la Chine s’enrichissant, elles allaient s’aligner sur le « modèle occidental », tandis que la concurrence géostratégique céderait la place à la recherche des avantages liés au  commerce.

Tandis que les économistes partisans de l’économie de marché fournissaient les arguments en faveur de l’ordre ancien, les « réalistes » construisaient les fondations de l’ordre géopolitique à venir. Cet ordre n’a rien de réjouissant : un monde dans lequel la concurrence entre grandes puissances est un jeu à somme nulle, une compétition dans laquelle la recherche de la sécurité nationale, l’incertitude inévitable quant aux motivations des adversaires et l’absence de  régulateur pour veiller à l’application de règles communes conduisent à des conflits plutôt qu’à la coopération.

Dans un tel monde, l’Occident est confronté à une question cruciale : comment contenir la Russie et la Chine. Est-il possible de les éloigner l’une de l’autre ? Ou bien l’Occident doit-il s’accommoder des objectifs de la Russie en Europe et faire front avec elle au défi économique et technologique majeur que représente la Chine ? Ces questions vont maintenant préempter tous les autres sujets, y compris le commerce, les investissements, le changement climatique, la pauvreté dans le monde et la santé publique.

Heureusement, ce n’est pas la seule alternative aux espoirs déçus quant à « l’ordre international libéral ». Il est possible de créer un ordre mondial prospère et stable tout en restant réaliste quant à la nature de la compétition entre grandes puissances. Mais y parvenir dépend de la manière dont les principaux pays poursuivent leurs objectifs en matière de sécurité et du récit qu’ils tiennent sur eux-mêmes et sur leurs adversaires.

La suite ici : Comment échapper au dilemme de la sécurité | by Dani Rodrik – Project Syndicate