Mickaël Correia« Criminels climatiques Enquête sur les multinationales qui brûlent notre planète » 

Dans le début public un récit dominant s’est installé depuis 30 ans : la lutte contre la menace climatique serait une question de discipline individuelle. De Jacques Attali à Emmanuel Macron en passant par feu Pierre Rabhi, tous clament que l’on pourra mettre fin à la catastrophe en cours en adoptant au quotidien des éco-gestes. En somme, il faudrait se changer soi pour changer le climat qui s’emballe.

Pourtant, en juin 2019, le cabinet de conseil Carbone 4 a démontré que si un Français mettait en œuvre un réel changement de comportement individuel – tel que ne plus jamais prendre l’avion et manger végétarien –, il n’obtiendrait une diminution de ses émissions que de l’ordre de 25 %.

Le concept même d’« empreinte carbone » a été  conçu au début des années 2000 par une agence de communication embauchée par la British Petroleum (BP), une des plus grandes firmes pétrolières au monde, afin de promouvoir l’idée que le chaos climatique n’est pas la faute des entreprises mais des consommateurs.

Certes, les gestes individuels écologiques peuvent nourrir un rapport sensible à la fragilité de notre monde, mais ils reflètent avant tout le triomphe de la logique libérale : l’individualisation de la responsabilité.

Au même titre que le racisme ou le sexisme ne sont pas le fruit de relations interindividuelles, mais le produit de rapports de domination ainsi que de constructions sociales et historiques, le changement climatique n’est en rien la conséquence d’une somme de responsabilités individuelles.

L’importance démesurée accordée aux comportements des individus permet surtout de détourner notre attention politique des véritables fossoyeurs du climat.

Une centaine d’entreprises sont responsables de 71 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre depuis 1988. Saudi Aramco, Gazprom et China Energy sont méconnues du grand public. Pourtant ces multinationales saoudienne, russe et chinoise du pétrole, du gaz et du charbon sont les entreprises les plus émettrices de gaz à effet de serre de toute la planète. Si ensemble elles formaient un pays, elles seraient le troisième contributeur au réchauffement planétaire juste derrière la Chine et les États-Unis.

La suite ici : « Criminels climatiques » – 4 questions à Mickaël Correia