Polarisation de la société: a-t-on atteint le point de non-retour?

Même si le terreau était déjà présent, la pandémie est apparue comme le parfait prétexte pour dresser davantage des groupes de population les uns contre les autres. L’une des plus grandes menaces de 2020 pourrait donc avoir été la polarisation croissante de la société, note le rapport d’activité 2020 de la Sûreté de l’État, ­consultable depuis début novembre.

La polarisation et l’insatisfaction dans notre pays ont désormais pris une telle ampleur que nous ne pouvons plus parler de phénomène temporaire.” Le service chargé d’anticiper les menaces pesant sur la société estimait alors que le feu ne serait pas éteint en 2021, toujours sous l’influence de la crise. “Les extrémistes de toutes sortes exprimeront leur colère, en ligne et en public, souvent attisée par des campagnes de désinformation menées par des acteurs nationaux et étrangers.” Si la manipulation des informations est considérée comme un facteur menant à la division et pouvant accroître la polarisation, il y a au départ des réponses apportées à la crise sanitaire par les pouvoirs publics qui ­divisent plus qu’elles ne rassemblent

“La politique sanitaire adoptée, avec un fort accent sur une réponse vaccinale crée un clivage nouveau, une distinction en noir et blanc entre vaccinés et non-vaccinés, pointe le professeur de l’UCLouvain. On ne peut pas être entre les deux, et c’est un vrai souci. Dans une démocratie, il doit pouvoir y avoir du débat, de la nuance, du compromis, des arrangements. Ici, nous sommes dans une logique de dénonciation, d’un côté comme de l’autre.” Le vacciné est le mouton, celui qui finance Big Pharma. Le non-vacciné est le réactionnaire, le complotiste. Deux blocs qui s’affrontent et une division qui s’installe à tous les niveaux de la société, s’invite aux fêtes de fin d’année, prend place aux repas de famille. Qui est “mouton noir”? Qui ne l’est pas? “Cette nouvelle ligne de fracture est difficilement soluble puisqu’elle est nourrie par des émotions (peur, colère, frustration, ­ressentiment…). Cela rend toute médiation difficile.”

À l’heure où le variant Omicron a pris ses quartiers et que l’on se divise encore et toujours plus autour de la vaccination (troisième dose, vaccination des enfants…), la question ne sera pas réglée avec la nouvelle année. Or, le temps jouera sur les conséquences d’une telle polarisation. “Dans un contexte de pandémie durable, s’il y a obligation de vaccination ou prolongation de mesures de type CST – qui restent des mesures discutables et discutées -, cela va créer des frictions sociales au quotidien dans toutes les sphères de la société. C’est assez profond comme tensions!

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