Béligh Nabli : il n’y a pas de crise migratoire, mais une crise existentielle

Toute perspective d’« accueil » de quelques milliers de personnes suscite automatiquement une hystérie politico-médiatique qui nourrit une vision anxiogène et irrationnelle du phénomène migratoire. Le « grand remplacement », ce fantasme, est perçu comme une menace, désormais bien ancrée dans un imaginaire collectif déconnecté du réel.

Derrière la hantise d’un afflux massif et incontrôlé de masses étrangères au corps national, une réalité : selon l’agence européenne « Frontex », le nombre des passages illégaux de frontières européennes en 2020 a été le plus faible depuis 2014 : il a diminué de 10 % par rapport à 2019. Nous sommes très loin de la période 2015-2016, marquée par 2,3 millions de passages illégaux. Il n’empêche, chaque épisode ressuscite une même angoisse, où le migrant est associé à une menace existentielle.

Bloqués depuis des semaines à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, dans des conditions inhumaines, des milliers de migrants irakiens, afghans, syriens, tentent d’entrer en Europe. Ils se retrouvent au cœur d’un jeu géopolitique orchestré par le couple Poutine-Loukachenko, qui vise à déstabiliser l’Union européenne : ces migrants sont instrumentalisés comme de vulgaires pions dans un rapport de forces qui a pris les traits d’un macabre « chantage migratoire ». Conscients de l’impact de l’image des migrants sur des opinions publiques chauffées à blanc par un discours de diabolisation de l’étranger, la Turquie et le Maroc ont déjà utilisé une telle stratégie cynique.

L’efficacité de ces dispositifs d’instrumentalisation est révélatrice des failles de nos politiques migratoires comme de nos constructions discursives et symboliques. En réduisant les migrants à une représentation purement négative, à un danger sécuritaire et identitaire, les Européens nourrissent eux-mêmes le terreau d’une telle instrumentalisation

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