A la rencontre des « agents protecteurs » espagnols, qui veillent 24 heures sur 24 sur les victimes de violence conjugales

A Valence, troisième ville du pays, 1 105 femmes victimes de violences − ou menacées de l’être − sont placées sous la responsabilité de policiers référents, chargés de leur sécurité.

Jusqu’ici, Estefanía assure qu’elle n’avait eu que « quelques disputes verbales » avec son compagnon. « La cohabitation se passait bien », tient à préciser cette mère de famille de 35 ans. Mais la situation s’est brutalement envenimée mardi 16 novembre. « J’ai accompagné les enfants à l’école et quand je suis rentrée, on s’est disputés, il m’a frappée. Il m’a donné des coups de pieds dans le ventre, dans les côtes, dans les jambes, des coups à la tête et au visage », détaille-t-elle d’un ton rapide. Elle baisse son masque pour nous montrer. « D’habitude, il n’est pas comme ça. Là, il avait pris des drogues, de la cocaïne », avance-t-elle.

Elle pense qu’elle contrôle la situation. C’est quelque chose que l’on voit très souvent chez les victimes de maltraitances : elles ont tendance à normaliser les comportements violents de leurs compagnons, surtout quand elles n’ont vécu que ça », décrypte Eduardo Bonet. Ce policier connaît par cœur l’histoire d’Estefanía, qu’il suit depuis 2014 au sein d’une unité du commissariat de Valence entièrement consacrée aux femmes victimes de violences conjugales, comme il en existe dans chaque région du pays.

Depuis la loi dite « de protection intégrale », votée à l’unanimité en 2004, l’Espagne fait figure de modèle dans la lutte contre les violences faites aux femmes, dont la Journée mondiale se tient le jeudi 25 novembre. Le nombre de féminicides au sein du couple a été réduit de 25% grâce à un arsenal social, judiciaire et éducatif dont les « agents protecteurs » font partie. A Valence, ils sont 30, répartis dans les sept commissariats de cette ville de 800 000 habitants, troisième métropole la plus peuplée du pays après Madrid et Barcelone. « On attribue l’agent protecteur qui se situe le plus proche du domicile de la victime pour qu’elle n’ait pas à traverser toute la ville pour venir le voir », précise Eduardo Bonet.