France : La comédie des sondages, la tragédie des médias

La France a toujours été une République sondagière, préférant plus que toute autre nation les (très légers) frissons à bon compte que lui procurent les innombrables enquêtes d’opinion, d’intentions de vote et de popularité. Mais aujourd’hui elles sont encore plus omniprésentes, jamais aussi parcellaires et biaisées, sondant sur la moindre prise de position d’un candidat non déclaré, lui attribuant quasi quotidiennement de potentiels lauriers électoraux et orientant de fait la totalité du débat électoral sur ses propos et ses positionnements.

Parfois une réaction de simple bon sens intervient. Ainsi face à l’hypertrophie des sondages le quotidien Ouest-France a décidé de n’en réaliser aucun sur la campagne présidentielle. Son rédacteur en chef, François-Xavier Lefranc, s’en expliquait ainsi : « On a tout vu ces derniers temps, des sondages mis à toutes les sauces, des personnalités politiques cherchant désespérément une légitimité dans les pourcentages des dernières études d’opinion, des sondages faisant ou défaisant le deuxième tour de l’élection présidentielle, des cadors du petit écran gonflés à l’hélium des mesures d’audience devenir des stars politiques déjà qualifiées par les sondages avant même d’être candidats. (…)

Le temps passé à commenter les sondages détourne les personnalités politiques et les médias de l’essentiel : la rencontre avec les citoyens, l’échange approfondi, le débat d’idées, l’écoute de ce que vivent les gens au quotidien, de leurs inquiétudes, de leurs espoirs. L’obsession sondagière empêche les uns et les autres d’écouter la diversité du pays, de ses habitants, de ses territoires. Elle nous berce d’illusions et nous aveugle. Elle nous fait prendre des vessies pour des lanternes »[1]. Voilà qui est bien dit.

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