Le combat contre la crise climatique ne sera pas l’affaire de tous

En 1941, au cœur de la Seconde Guerre mondiale, Stefan Zweig est exilé en Amérique latine. Parmi ses derniers écrits avant son suicide en février 1942, il écrit un court texte intitulé « Les pêcheurs du bord de Seine ». L’auteur autrichien écrit : « Dans une histoire de la Révolution française, j’ai déniché par le passé une petite anecdote, restée bien souvent inaperçue, qui me sembla, à l’époque, tout à fait invraisemblable. » Le 21 janvier 1793, sur la place de la Concorde, Louis XVI monte les dernières marches qui le séparent de la mort et attend que le couperet de la guillotine tombe. Pendant que la foule amassée crie de joie et célèbre le triomphe de la République, un groupe d’hommes pêchent tranquillement sur les bords de la Seine, « ils ne prenaient garde qu’à leur bouchon qui flottait ». La découverte de ce récit, alors que les horreurs de la guerre redoublent, changera à jamais le regard de Zweig sur le déroulement des événements décisifs de l’Histoire. Sa prise de conscience est sans appel : « Sur les millions d’hommes d’une même génération, la plupart n’ont jamais vécu l’histoire mais seulement leur propre vie. »

Soyons-en certain, face au péril écologique, cette leçon conserve toute sa pertinence. Si la prise de conscience est là, les actions se font attendre. Etats comme sociétés civiles apparaissent englués dans un constat alarmant… constat réalisé depuis des années maintenant. Plus encore, une évidence tacite voudrait que la majorité de la population mondiale soit engagée dans le combat du siècle. Or, en vérité, il existera toujours des passagers clandestins écologiques qui se laisseront porter par le cours de l’histoire, c’est-à-dire par la minorité agissante. Car oui, notre survie ne doit surtout pas se structurer autour de l’idée d’une mobilisation générale, que celle-ci soit étatique ou populaire. Une déclinaison sournoise de ce postulat s’incarne d’ailleurs dans la question culpabilisante des petits gestes quotidiens, petits gestes dont nous savons pourtant que l’impact demeure marginal.

La suite ici : Le combat contre la crise climatique ne sera pas l’affaire de tous