Calais, là où les rêves des migrants se brisent

«Ils ne vont pas tarder», lance dépité Ali, un jeune Soudanais dont la tente est installée dans la zone de l’hôpital, à Calais. Posté au-dessus d’un cours d’eau, il guette, comme tous les matins, l’arrivée de la police. Le temps presse: il est 8h30, le thermomètre affiche 9°C, et ses quelques affaires ne sont pas encore empaquetées. Il ne doit rien laisser derrière lui, au risque de voir ses biens confisqués voire sa tente lacérée par les forces de l’ordre. Ses six amis soudanais avec lesquels il partage ce petit campement ont déjà enfourné leurs affaires dans de grands sacs poubelle pour les protéger de la pluie en cette fin de mois d’octobre.

Alors que les premiers rayons de soleil commencent à peine à réchauffer les corps, une voiture de police, quatre fourgons de gendarmerie, un véhicule de la police aux frontières (PAF) et deux camions de nettoyage arrivent. Les gendarmes se dispersent. Par groupes, ils sillonnent les chemins boueux et examinent les buissons. Aux quatre coins du terrain vague, les migrants qui ne sont pas déjà partis tentes sous le bras sont expulsés sans bruit quelques mètres plus loin. Si les exilés appliquent mécaniquement les consignes, ils peinent à en comprendre l’objectif. «Pourquoi ils nous font ça tous les matins?», répète en boucle un jeune d’une vingtaine d’années parmi ce groupe d’Afghans. «Pourquoi on ne nous laisse pas une seule chance?»

Autrefois espacées de quarante-huit heures, ces expulsions ordonnées par le préfet du Pas-de-Calais sont quotidiennes depuis un mois pour certains lieux de vie, notamment ceux qui se trouvent aux alentours de l’hôpital. L’objectif: empêcher ce que les autorités appellent des «points de fixation», autrement dit une nouvelle «jungle» rassemblant des milliers de personnes, comme celle qui a été démantelée il y a cinq ans.

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