La Chine, une puissance résistible ?

La puissance chinoise continue de grandir de jours en jours et interroge quant à son avenir, ses limites mais également ses faiblesses. Les enjeux sont nombreux et les questions essentielles afin de saisir les contours des relations internationales actuelles et futures. Emmanuel Lincot, sinologue, et Emmanuel Véron, enseignant-chercheur, expliquent en quoi la puissance chinoise est si particulière

Emmanuel Lincot : Elle l’est dans la disruptivité de ses actions. Au niveau multilatéral, par la création d’instances internationales alternatives à celles déjà existantes, et au niveau national en promouvant un système de surveillance totalitaire d’un type nouveau, s’appuyant sur des moyens techniques de contrôle. C’est la raison pour laquelle, nous qualifions cette puissance de cybercrature.

Elle opère sur un mode à la fois défensif (sanctuariser le territoire des contagions idéologiques exogènes) et offensif par l’organisation de cyberattaques programmées contre l’Occident mais aussi Taïwan (l’île subissant quotidiennement des millions d’attaques afin de paralyser son système de communication…). Nous avons donc à faire à un prédateur qui ne laisse par ailleurs d’autre choix à la population chinoise que de souscrire à une vindicte nationaliste et anti-occidentale. Pour autant, cette puissance est « résistible » du fait même de ses contradictions et de ses faiblesses d’une part, et le degré grandissant de résistance que lui opposent les États-Unis et leurs alliés d’autre part.

Emmanuel Véron : Le niveau de puissance que connait aujourd’hui la Chine et que le reste du monde expérimente et perçoit est une première dans l’histoire globale, mais particulièrement dans l’histoire propre de cette puissance chinoise, qui jusqu’alors était « restreinte » ou contenue à l’Asie elle-même, plus précisément l’Asie orientale. Le monde et les relations internationales contemporaine appréhendent une situation inédite.

Le fait d’être « résistible » me semble-t-il, concerne d’abord ce postulat. Pékin, plus encore le régime n’a pas l’expérience d’une puissance globale. Les frictions, hier assez peu médiatisées et n’intéressant que peu de sensibilités, sont aujourd’hui mises en lumière systématiquement. Bon nombre d’entre elles renvoient directement à cette inexpérience de la puissance globale, telle que le monde a pu connaître dans les années 1990 jusqu’au début des années 2000 avec l’Amérique.

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