Extrêmes droites : mode d’emploi

« On récuse le terme d’extrême droite, parce qu’il est en général confondu avec le fascisme, qui n’est en réalité qu’un courant d’un sous-champ des extrêmes droites. On observe la même chose à gauche : si vous parlez à un militant d’ultra-gauche, il répond que c’est un terme de la police qui ne veut rien dire, alors qu’il s’agissait du nom d’un groupe de dissidents libertaires de la IVe Internationale trotskiste. Les mots « extrême » et « ultra » sont rejetés parce qu’ils renvoient à la périphérie ceux qui se considèrent comme « l’avant-garde » du « peuple tout entier ». Nous avons un champ politique avec un nom, donc, depuis deux siècles, c’est une réalité structurelle qu’il faut nommer. Le terme peut être jugé inélégant, mais il s’agit de circonscrire son sens et de l’employer sans en accentuer la connotation péjorative ou méliorative.

Comment définir l’extrême droite ?

Comme pour les autres champs politiques, il n’y a pas une seule définition. Mais elle est plus difficile encore pour l’extrême droite, car il s’agit d’une vision du monde et non d’un programme. Il y a deux points essentiels. A l’intérieur, le projet est organiciste, c’est-à-dire qu’il défend l’idée que la société fonctionne comme un être vivant et qu’il s’agit de régénérer cette communauté unitaire, qu’elle repose sur l’ethnie, la nationalité ou la race. A l’extérieur, les extrêmes droites veulent refonder l’ordre des relations internationales. D’autres éléments communs existent mais sont moins essentiels, par exemple l’idée d’une décadence de la société, aggravée par l’Etat, alors qu’elles se présentent comme élite de rechange, dotée d’une mission salvatrice.

Vous parlez volontiers « des extrêmes droites »…

Le premier problème de typologie renvoie aux débats houleux sur la place et la définition du fascisme. Pour ma part, j’ai défendu l’idée qu’il y avait un sous-champ de l’extrême droite né en 1918, « l’extrême droite radicale », qui ne veut pas seulement régénérer la communauté mais défaire l’homme du libéralisme du XIXe siècle. Le fascisme est l’un de ces courants mais il y en a beaucoup d’autres, souvent moins connus.

Si je reprends mes deux définitions, je peux ainsi dire que le fascisme est un parti-milice qui veut créer un homme nouveau grâce à un Etat totalitaire à l’intérieur, et une guerre impérialiste à l’extérieur : c’est bien un courant d’extrême droite et de son sous-champ radical. Le souci est que cette formule d’extrême droite radicale s’est répandue dans l’espace public en 2013, avec l’affaire Clément Méric, en lui donnant parfois le sens d’extrême droite extraparlementaire, voire celui d’ultradroite, une mouvance née lors de la réforme des Renseignements généraux de 1994 et qui désigne l’extrême droite potentiellement violente, quelle que soit son idéologie.

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