Pourquoi l’extrême droite ne perce-t-elle pas en Wallonie? 

Le contexte sociologique est pourtant globalement le même de part et d’autre de la frontière, avec une paupérisation de la classe ouvrière conjuguée à une forte immigration. Jeudi dernier, avec le lancement du parti Chez Nous, c’est une énième tentative de sortir l’extrême droite de sa torpeur wallonne qui a été entreprise. L’événement a été rehaussé de la présence du président du Vlaams Belang Tom Van Grieken et de Jordan Bardella, le jeune président du Rassemblement National, qui ont tous deux pris la parole. Le contexte est sans aucune doute propice à l’avènement d’un parti d’extrême droite, affirme Léonie de Jonge, politologue à la Rijksuniversiteit Groningen. Dans sa thèse, elle s’est penchée sur la question de savoir pourquoi la droite radicale ne perce pas en Wallonie. « Des enquêtes révèlent que le Wallon nourrit même des sentiments un peu plus négatifs que le Flamand vis-à-vis des étrangers, mais cela ne se reflète pas dans les urnes. »

L’universitaire y voit plusieurs explications. En Belgique francophone, la droite extrême n’a jamais pu compter sur un leader du calibre de Filip Dewinter, Marine Le Pen ou Pim Fortuyn pour la conduire vers les succès électoraux. Dans les années nonante, le Front National belge a décroché deux sièges à la Chambre sans jamais pouvoir s’appuyer sur une structure de parti digne de ce nom, et encore moins sur des leaders charismatiques. Vers la moitié des années 2000, il était encore crédité de quelque 8 pour cent d’intentions de vote, avant de s’effondrer, miné par des querelles internes.

En 2010 comme en 2014, le Parti Populaire de Mischaël Modrikamen, un avocat qui s’est fait connaître dans le dossier Fortis, n’a pu envoyer qu’un seul élu à la Chambre avec son discours d’ultradroite. Laurent Louis s’est surtout fait remarquer par ses interventions saugrenues, aux relents xénophobes, et Aldo Carcaci a joué au député fantôme.

…La grande différence réside dans le fait que cordon médiatique est respecté de manière très stricte en Belgique francophone, où il est absolument exclu qu’un politicien d’extrême droite soit interviewé. Même Alain Destexhe qui, en Flandre, ne passe pas pour un radical pur et dur, est devenu infréquentable aux yeux des médias francophones en 2019. Destexhe a quitté le MR pour lancer les Listes Destexhe dans l’optique de combler le vide à droite. « Son discours est trop proche des idées d’extrême droite », a estimé Le Soir. S’il n’est pas légitimé par les médias traditionnels, personne ne peut véritablement « décoller », estime De Jonge.

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