L’Amazonie pourrait atteindre un point de non-retour

La situation de l’Amazonie inquiète de plus en plus les climatologues. Après avoir atteint son point le plus bas depuis des décennies en 2012 au terme de la présidence de gauche de Luiz Inacio Lula da Silva, la déforestation n’a cessé de s’amplifier depuis, avec une accélération brutale depuis l’élection de Jair Bolsonaro en 2019.

Premier massif forestier tropical de la planète, répartie sur huit pays mais situé pour les deux tiers au Brésil, la forêt amazonienne est surtout connue pour être le haut lieu mondial de la biodiversité continentale : le quart des espèces d’animaux et de plantes terrestres y vivent selon certaines estimations. Cette forêt a aussi une importance planétaire pour ses vertus climatiques. Du fait de son immensité déjà : elle occupe une surface à peu près continue de 5,5 millions de kilomètres carrés, soit 10 % des terres émergées ; ainsi que grâce à deux caractéristiques particulières : la façon dont elle stocke le carbone et la façon dont l’eau y circule.

Intéressons-nous d’abord au carbone. Les forêts, on le sait, captent le CO2 de l’atmosphère et le transforment en matière organique. Les scientifiques estiment à 25 % la part de nos émissions fossiles, depuis le début de la révolution industrielle, à avoir ainsi été retirées de l’air et stockées sur les continents, soit dans le sol (sous forme de fragments végétaux), soit sur pied. Et une partie significative, bien qu’insuffisamment quantifiée, l’a été par la forêt amazonienne, qui représente à elle seule la moitié des forêts tropicales.

Or cette année deux publications scientifiques parues dans la revue Nature, issues de deux équipes indépendantes utilisant des méthodes différentes, ont fait l’effet d’une bombe : elles ont révélé que désormais, la forêt amazonienne ne retire plus de carbone de l’atmosphère, mais aggrave les émissions de l’humanité à raison de 0,5 à 1 gigatonne par an, sachant que nos émissions atteignent désormais 36 gigatonnes par an.

« Notre article, sorti en avril 2021, est issu de données satellitaires qui permettent d’estimer la biomasse », indique à Reporterre Philippe Ciais, cosignataire de l’une de ces publications et chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement à Saclay. « Le mois suivant est paru le travail de Luciana Gatti et ses collègues de l’institut spatial brésilien, l’INPE, réalisé à partir de centaines de survols en avion et de mesures directes du CO2 au-dessus de la forêt. Ces publications, très cohérentes entre elles, indiquent que depuis 2015 environ — une année de sécheresse causée par El Niño, et donc d’incendies — les émissions de CO2 causées par la déforestation et la dégradation forestière sont devenues supérieures à ce que les arbres capturent. Alors que durant les décennies précédentes, les émissions étaient plus que compensées par la croissance de la forêt intacte.»

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