« Les électeurs américains ont intériorisé le fait que remettre en cause le néolibéralisme est utopique »

« D’abord, par le ras le bol après la crise des supprimes et deux mandats d’Obama marqués par de multiples renoncements. Lors de la primaire démocrate, Sanders avait su capter cette colère, mais le désir de changement s’est finalement matérialisé à droite. Par ailleurs, Clinton a fait une très mauvaise campagne et Trump a su profiter des médias, qui lui ont donné une visibilité inouïe. Électoralement, deux phénomènes ont joué en sa faveur : premièrement l’adhésion par défaut de l’électorat conservateur. De nombreux républicains avec qui j’échangeais étaient contre Trump, mais ont fini par voter pour lui par fidélité au Parti et intérêt pour les baisses d’impôts et le contrôle de la Cour suprême.

Ensuite, Trump a séduit la classe ouvrière blanche en mobilisant son ressentiment raciste et xénophobe, mais avant tout grâce à un discours économique et une promesse de changement. Ces électeurs avaient voté Obama malgré leur conservatisme sur les questions sociétales, car ils donnaient priorité aux aspects économiques, et ont été séduits par Trump pour les mêmes raisons. Ces basculements à la marge ont fait la différence dans la dernière ligne droite d’une élection marquée par le rejet des deux candidats.

Le choix stratégique d’abandonner progressivement les classes ouvrières au profit des électeurs aisés et citadins a eu des répercussions, qui se sont manifestées de manière spectaculaire en 2016. Clinton incarnait ce revirement. Après, il y a eu plusieurs phases dans la campagne, mais après son investiture par les Républicains et quelques sorties outrancières, l’élection semblait échapper à Trump, qui se trouvait 8 points derrière Clinton et perdait le soutien financier de son propre parti, qui préférait se concentrer sur les élections législatives et le contrôle du Sénat dans l’optique d’un mandat Clinton.

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