D’un « New Deal » l’autre : les magnats libertariens du pétrole auront-ils la peau de Biden ?

En 2020, Koch Industries devenait la première société au classement Forbes US. Ce que l’on sait moins, c’est que l’on doit à la même entreprise la création, en 1974, du think-tank très libertarien Cato Institute. Le libertarianisme se caractérise par un antiétatisme viscéral et un individualisme forcené.

Il est fort probable que les cours suivis à la Freedom School dans les années 1960 par les deux frères Kochaient quelque peu influencé cette radicalisation de leur vision du monde. Milton Friedman et Ludwig Von Mises, ténors et tenants de la théologie du marché, y enseignaient alors leur « philosophie de la liberté et de la libre entreprise ».

Si l’on retrace la généalogie du libertarianisme chrétien jusqu’aux années 1930, on se rend compte que l’émergence de ce nouveau courant de pensée doit essentiellement à deux facteurs :  l’anticommunisme des débuts de la Guerre Froide et l’opposition au New Deal de Roosevelt consécutif à la Seconde Guerre mondiale. L’historien Kevin Kruse rappelle ainsi dans ses travaux que de riches personnalités telles le pétrolier J. Howard Pew et le réalisateur des « Dix Commandements » Cecil B. Demille, sont entrés en croisade contre « l’étatisme païen » du New Deal.

De son côté, l’historien Darren Dochuk nous permet de saisir les motifs ayant poussé le fondateur de la dynastie Koch à se rallier à leur cause. C’étaitun wildcatter, l’un de ces aventuriers du pétrole, producteurs indépendants et ennemis jurés de Rockefeller. Chassés de la Pennsylvanie, réfugiés en Californie, en Oklahoma ou au Texa, les wildcatters  ont  l’opportunité de se développer et de construire leur propre empire. Leur but ultime étant, évidemment, de combattre celui de Big Oil, que ce soit sur le terrain du brut, à Washington, à Wall Street, au sein du Parti Républicain et, ultimement, sur les pupitres et bancs des églises. Le libertarianisme chrétien naît ainsi du syncrétisme du fondamentalisme évangélique biberonné et de la logique économique des pétro-dollars des producteurs indépendants.