Avec les drones et algorithmes, l’Europe construit un mur virtuel contre les migrants

Loin d’être plus objectifs que les gardes-frontières humains, les robots et algorithmes de plus en plus souvent utilisés dans la surveillance des frontières de l’UE reproduiraient les biais de leurs créateurs et déshumaniseraient les migrants, fustige la juriste Petra Molnar dans les pages du quotidien polonais Gazeta Wyborcza.

 » (Frontex) recourt à de très nombreuses solutions : des robots avancés à l’automatisation de contrôles aux frontières en passant par des drones et des expérimentations fondées sur l’intelligence artificielle. Ainsi, depuis plusieurs années, elle teste des drones et des zeppelins autonomes pour surveiller la mer Égée et détecter les embarcations de migrants. Frontex a également commandé au think tank américain RAND Corporation un rapport qui explique comment, sur la base de données spatiales, l’intelligence artificielle et les algorithmes peuvent par exemple produire des analyses prédictives avancées qui montrent par où des gens peuvent tenter de traverser les frontières.

Toutefois, l’aspect le plus inquiétant du fonctionnement de Frontex est que, selon des témoignages très fiables, ses agents sont engagés dans le refoulement de réfugiés, notamment vers la Turquie et la Libye, alors que cela est contraire au droit international. Les technologies de surveillance que l’Europe déploie massivement à ses frontières facilitent de telles actions. »

Il y a également le projet européen Roborder, dont le but est de créer “un système pleinement autonome de surveillance des frontières” avec des robots terrestres, aériens et marins. ?

« Il aura pour conséquence une augmentation du nombre de morts aux frontières. L’UE n’est pas seule à tester drones et robots pour surveiller ses frontières : aux États-Unis, le Service des douanes et de la protection des frontières a noué un partenariat avec la société Anduril Industries afin de construire à la frontière avec le Mexique un mur virtuel composé de tours d’observation et de drones. Bien que les responsables politiques américains présentent ces frontières “intelligentes” comme une alternative plus “humanitaire” au mur physique prévu par Donald Trump, le contrôle de plus en plus étroit effectué à l’aide de nouvelles technologies de surveillance a conduit au doublement du nombre de morts d’immigrants tentant d’entrer aux États-Unis, car il les a forcés à emprunter des routes migratoires plus dangereuses dans les déserts de l’Arizona. Il a ainsi créé ce que l’anthropologue Jason De León appelle la “terre des tombeaux ouverts” [The Land of Open Graves, ouvrage non traduit en français]. »

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