Le New Deal de Biden, le Congrès et la route des midterms 

C’est d’abord le destin du « New Deal » de Biden qui se joue au Congrès dans les prochaines semaines. Pour des raisons tenant à l’étroitesse des marges démocrates au Congrès (3 voix à la Chambre, 0 au Sénat), le plan se décline en deux projets de loi, l’un sur les infrastructures (avec le soutien de sénateurs républicains), l’autre sous forme de loi budgétaire, mais qui comprend en réalité la plus grande ambition de transformation de la société depuis des décennies, que ce soit sur le climat, l’éducation, la santé, la petite enfance, ou encore la protection sociale (votée sous forme de budget pour contourner l’obstacle du filibuster au Sénat, qui exige une majorité à 60 voix pour soumettre un projet au vote).

Dans l’histoire américaine, et de plus en plus ces dernières décennies, l’héritage d’une présidence se joue lors de la première année.

Mais en cet automne 2021, c’est bien davantage qui est en jeu : unité du parti démocrate, crédibilité américaine sur le climat, capacité à faire face à la Chine, mais aussi contrôle du Congrès dès 2022 et avec 2024 en ligne de mire (les midterms ou élections de mi-mandat au Congrès ont lieu dans un an, les primaires ont commencé, ainsi que l’élection de deux-tiers des gouverneurs), avenir de la démocratie américaine étant donné les efforts républicains pour réduire l’accès au vote et remettre en question les résultats, enfin stabilité financière américaine et mondiale en cas de défaut américain sur la dette.

Biden lui-même a expliqué à de nombreuses reprises que son ambition est de « gagner le combat de ce siècle entre démocraties et régimes autoritaires« , en démontrant que « la démocratie fonctionne » et que les gouvernements démocratiques produisent des résultats pour leurs citoyens. On voit bien que ce défi concerne au premier chef les États-Unis : il se joue au Congrès, et en particulier au sein du parti démocrate.

La dynamique entre le Président et le Congrès est un classique de l’histoire politique américaine liée à la « séparation et équilibre des pouvoirs » issue de la Constitution et qui a pris un tour de plus en plus dramatique avec l’aggravation de la polarisation politique.On retrouve au centre de ce psychodrame récurrent le chef des républicains au Sénat, Mitch McConnell, avec une différence majeure aujourd’hui : l’absence d’exigence politique concrète hormis l’abandon pur et simple du programme démocrate. Le seul but est de semer le chaos en maintenant le blocage, une logique que l’on trouve aussi dans l’obstructionnisme de sénateurs comme Ted Cruz ou Josh Hawley sur la politique étrangère.

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