Et si on parlait de solidarité ?

La grève de la faim des travailleurs et travailleuses sans-papiers. Les inondations climatiques de la mi-juillet. L’arrivée d’Afghanes et d’Afghans fuyant le régime des Talibans. Dans ces trois cas, les annonces de solidarité, les traitements médiatiques et les soutiens politiques ont divergé. Le peu de relais médiatique et politique de la grève des sans-papiers jusqu’à ce que la mort rode dangereusement en dit long d’avec qui nous considérons être solidaires dans ce pays. La très forte mobilisation citoyenne après les inondations fait écho aux désastreux désinvestissements financier et politique dans les services de secours, à l’étranglement budgétaire des  pouvoirs locaux, à l’impréparation des dirigeants devant les multiples défis climatiques. L’accueil d’une double centaine de personnes afghanes sur fond de crise internationale se révèle bien vite tenir de l’élan moral plutôt que véritablement solidaire, alors que l’Union européenne se fissure déjà sur la question des réfugié·es.

Non, ces trois solidarités ne sont pas semblables et elles démontrent à outrance avec qui nous acceptons – ou pas – d’être liés, de faire groupe ensemble. Elles viennent questionner nos valeurs : ne veut-on donc être  solidaires que de ceux qui le méritent de notre petit point de vue ? Est-on en train de glisser vertigineusement dans une sorte de solidarité par le mérite qui ne dit pas son nom mais qui nous rapproche furieusement des principes libéraux de l’égalité par le mérite ? Ce sont là justement les potentiels  travers de la solidarité primaire, celle qui s’exprime entre personnes et dépend donc du relationnel, celle qui est individuelle. Voilà la solidarité que l’on encense et médiatise.

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