L’Afghanistan des talibans, une opportunité pour la Turquie?

Sans frontière commune, les deux pays partagent une histoire et des affinités, ethniques et religieuses. En 1921, l’Afghanistan fut le second pays, après l’Union soviétique, à reconnaître la république de Turquie. Sept ans plus tard, le monarque afghan, Amanullah, rend visite au président Mustafa Kemal, dit Atatürk et signe un traité de coopération.

Opposée à l’invasion soviétique de 1979, Ankara (en première ligne de l’Otan face à l’URSS) se range du côté de l’alliance du nord du commandant Massoud, et soutient tout particulièrement l’un de ses chefs, Abdul Rachid Dostom, lequel trahit pourtant le Lion du Panshir à maintes reprises. Ce soutien turc se fonde sur des affinités ethniques et linguistiques puisque Dostum est ouzbek et turcophone. De 1996 à 2001, durant la première période de pouvoir taliban, la Turquie accueille son protégé. Accusé de viol, Dostum y reviendra passer un an en 2017-2018 pour échapper à la justice.

Cette fois, en revanche, le chef de guerre ouzbek, en tête de liste des personnalités recherchées par les talibans, n’a pas pris le chemin de l’exil turc: il a fui en Ouzbékistan et au Kazakhstan. Car «Erdoğan n’a guère d’atomes crochus avec cet homme ultra-violent, corrompu et alcoolique», selon le professeur à Paris 1, Gilles Dorronsoro, l’un des meilleurs experts français de l’Afghanistan.

À la suite du 11-Septembre, la Turquie est le premier pays musulman à se joindre à l’alliance américaine en Afghanistan. Mais Ankara pose ses conditions: d’accord pour que ses soldats assurent la sécurité de l’aéroport, forment des forces de sécurité afghanes et fournissent un support logistique à l’Otan, mais pas question d’engager des unités combattantes. La Turquie participe au programme de reconstruction d’écoles, d’hôpitaux, de routes et de ponts dans les provinces de Wardak et Djôzdjân. «En comparaison d’autres opérateurs étrangers, les Turcs se mêlent beaucoup plus à la population, jouant la proximité culturelle», indique le chercheur associé à l’Institut des études françaises sur l’Asie centrale, Didier Chaudet.

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