Quel Chancelier pour l’Allemagne ? 

La fragmentation du paysage politique et l’essoufflement du modèle de la « Grande Coalition », unissant depuis 2013 les deux principaux Volksparteien, oblige l’Allemagne à envisager pour la première fois au niveau fédéral une coalition, unissant non plus deux, mais trois partis. Dans ce contexte les Verts, qui s’imposent comme la troisième force politique du pays en récoltant 14,8 % des voix contre 8,9 % en 2017, et les Libéraux du FDP, qui voient également leur score progresser et passer de 10,7 % en 2017 à 11,5 % s’imposent incontestablement comme les « faiseurs de rois ». À l’issue du scrutin, les Verts et les Libéraux ont choisi de s’entendre pour pouvoir déterminer la forme de future coalition qui portera à la Chancellerie le candidat des sociaux-démocrates, le Vice-Chancelier Olaf Scholz, ou celui des Chrétiens démocrates, le Ministre-président de Rhénanie du Nord Westphalie, Armin Laschet. La volonté des différents partis de s’accorder et dépasser leurs différences pour donner un gouvernement à l’Allemagne apparaît à bien des égards comme une leçon de démocratie.

Les élections au Bundestag du 26 septembre sont marquées par la renaissance de la sociale démocratie et par un affaiblissement historique de la démocratie chrétienne allemande. Au niveau fédéral, la CDU-CSU n’était jamais tombée en dessous de la barre des 30 % et son score (24,1 %) est vécu en Allemagne comme une défaite historique, qui ne doit pas masquer un effet de normalisation. Longtemps portée par la popularité d’Angela Merkel, l’Union chrétienne démocrate retrouve avec ces élections un niveau comparable à celui des partis de droite traditionnelle en Europe : en Espagne, le parti populaire a obtenu aux élections de 2019 20,8 % des voix alors qu’en France, les Républicains obtiennent en 2017 20,1 % des voix. Le résultat de ces élections révèle à la fois la nécessité et la difficulté pour la CDU-CSU de construire « l’après-Merkel ».

… Paradoxalement, la victoire des sociaux-démocrates s’explique en grande partie par la capacité de leur candidat, le Vice-Chancelier et ministre des finances Olaf Scholz, à se présenter comme l’héritier naturel d’Angela Merkel. Durant ses années de règne, Angela Merkel a pratiqué avec habileté la stratégie de la « démobilisation asymétrique », qui consistait à s’approprier les projets politiques qui auraient pu servir l’ascension de ses adversaires ; en décidant la sortie de l’Allemagne du nucléaire après Fukushima, elle prive ainsi les Verts de l’un de leurs principaux arguments. En choisissant d’instaurer un salaire minimum, et en autorisant le mariage entre personnes de même sexe, elle prive les sociaux-démocrates de leurs projets de réformes.

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