Ce que révèle l’affaire des sous-marins

C’est une constante dans les affaires de ventes d’armes par la France. On feint d’oublier ce qui devrait être une évidence : les armes sont faites pour la guerre. Or, à Paris, il n’est jamais question que de balance commerciale et d’emplois. Ce n’est certes pas ici que l’on se plaindra que l’emploi soit, cette fois, au cœur des préoccupations de notre gouvernement, mais ce commerce étant un peu particulier il est difficile de se laver les mains de ce qui advient une fois la transaction terminée.

Les exemples récents montrent que nous nous rendons, plus souvent qu’à notre tour, coupables de crimes par procuration (1). Dans la triste affaire de ces sous-marins qui ne seront donc jamais australiens, les faux frères de la France, eux, n’ont pas oublié cette évidence. Si l’Australie a choisi de renforcer ses liens avec les États-Unis, c’est que l’on pense à Canberra que l’Empire d’outre-Pacifique est le plus apte à assurer la défense du pays et à mener, le moment venu, une guerre qui n’est plus impensable. De même, pour les États-Unis, la vente des sous-marins n’est pas seulement un succès commercial, mais un pas de plus vers une intégration quasi fusionnelle de la marine australienne dans le système américain, et dans une pensée stratégique obsédée par la menace chinoise. Et c’est ici qu’il nous faut évoquer ce qu’il y a sans doute de pire dans cette affaire.

Pour dire les choses crûment, nous assistons à ce qu’il faut bien appeler des préparatifs de guerre. On peut rêver qu’il ne s’agisse que de dissuasion, mais nous voilà tout de même dans ce que les Chinois eux-mêmes appellent une « zone grise ». Pas vraiment la guerre, mais déjà plus tout à fait la paix.

L’enjeu d’un conflit ouvert serait évidemment Taïwan. Pour Pékin, cette île située à 160 kilomètres du continent, qui fut le refuge de l’armée anticommuniste de Tchang Kaï-chek en 1949, n’a jamais cessé d’être la « 23e province ». La reconquérir serait en somme la dernière victoire posthume de Mao. La question revient périodiquement dans le discours intérieur chinois. Elle est un instrument sans cesse réactivé de la propagande nationaliste. Après la mise au pas de Hongkong, le tour de Taïwan semble venu. Les stratèges de Pékin n’en finissent pas de se quereller sur les chances de succès d’une invasion terrestre (improbable), ou d’une occupation des îles voisines qui appartiennent à la souveraineté taïwanaise, ou encore d’un blocus qui asphyxierait la population (2). Parallèlement, le Pentagone se livre aux mêmes conjectures, avec le lourd handicap de l’éloignement. D’où la volonté de renforcer toutes les alliances possibles dans la région indo-pacifique. Effrayante symétrie ! Car, dès 1949, les États-Unis ont fait le serment de ne pas abandonner Taïwan à la Chine dite populaire.

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