La finance verte est (pour le moment) une arnaque

Les épargnants ou les investisseurs institutionnels qui placent leur argent sur des produits verts sont peut-être sincèrement persuadés de faire avancer la cause de la lutte contre le changement climatique. Malheureusement, dans la réalité, l’analyse rigoureuse menée par les deux auteurs  de « L’illusion de la finance verte » (Alain Granjean et Julien Lefournier) montre que cette avancée est bien faible.

Prenons l’exemple des green bonds, ces obligations vertes dans lesquelles la place financière de Paris voit un créneau où s’imposer, avec le soutien du ministère de l’Économie.

Premier constat: les taux auxquels les entreprises ou les États peuvent se financer en émettant des obligations vertes ne sont pas significativement différents des taux que ces mêmes émetteurs pourraient obtenir avec des obligations classiques. Les prêteurs ne font pas en l’occurrence un effort particulier en faveur d’investissements qui leur sembleraient importants pour l’avenir de l’humanité. La seule différence avec une émission d’obligations ordinaires est que l’emprunteur déclare employer cet argent pour un projet présentant un «bénéfice environnemental clair», selon l’article 1 des Green Bonds Principles. Ce projet doit être précisé dans le prospectus édité au moment de l’émission et un rapport annuel doit donner des informations précises sur la façon dont l’argent a été employé.

Certes, l’emprunteur ne va pas proposer un projet qui pourrait nuire à l’environnement, mais c’est lui-même qui décrète le caractère vert de son projet; il n’y a pas sur ce point de réglementation précise et contraignante. Cet emprunteur peut par ailleurs avoir des activités très polluantes, ce n’est pas un obstacle: si son projet est acceptable, il peut se présenter auprès du public comme un émetteur d’obligations vertes. En matière d’image, c’est tout bénéfice. Et l’on sait que, dans notre société, l’image joue un rôle considérable.

En somme, l’obligation verte est d’abord une opération de communication. De toute façon, cet emprunteur, si sa situation financière est jugée suffisamment saine pour que l’on puisse envisager de lui faire un prêt, aurait obtenu cet argent pratiquement au même taux d’intérêt. La seule différence est qu’en verdissant ainsi son image, il peut aussi attirer des investisseurs ayant le label Investissement socialement responsable (ISR).

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