Le grand complot des livres d’histoire contre les femmes

Après des mois de travail dans le cadre de mon nouveau livre, je suis en mesure de vous annoncer un scoop: les femmes n’existent pas. En tout cas d’après les programmes d’histoire de l’Éducation nationale.

Il faut dire que, pendant longtemps, cette absence a été facile à justifier. On pensait que les femmes, cantonnées aux travaux domestiques et à la maternité, n’avaient pas eu les possibilités matérielles de participer à l’histoire. Mais la recherche a montré qu’il s’agissait d’un mythe. Il porte même un nom, «le mythe de la femme empêchée». En réalité, tant qu’on postulait que les femmes n’avaient rien fait, et donc qu’on ne les cherchait pas, elles restaient invisibles. Du moment où l’on a commencé à chercher les femmes dans les sources, on les a trouvées: des femmes peintres, sculptrices, compositrices, des reines, des chevaleresses, des femmes soldats, des femmes bâtisseuses de cathédrales au Moyen Àge. Et encore plus étonnant: nombre de ces femmes ont rencontré un grand succès à leur époque.

On a cru que l’ordre sexuel très figé du XIXe siècle (une maman à la maison) avait existé de tout temps. C’était faux, la place des femmes dans la société a varié selon les époques, et les femmes ont sans cesse agi.

C’est notre mémoire commune, nos biais sexistes, nos préjugés, qui ont masculinisé l’histoire. Cela ne signifie pas que le XIXe siècle a inventé le patriarcat. La domination masculine existait déjà, mais selon les époques, elle a pris des formes et des intensités très différentes. En outre, une société patriarcale n’empêche pas les femmes d’exploiter au maximum ce que les historiennes nomment leur «agentivité», autrement dit leur capacité d’action, y compris dans des cadres limités.

Pourtant, l’histoire que l’on enseigne aux enfants est uniquement masculine, et on peut interroger l’impact que cela doit avoir sur les petites filles qui n’entendent parler que d’hommes célèbres.

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