« Le néoconservatisme n’est pas mort »

Le retrait américain d’Afghanistan et d’Irak a été présenté comme l’acte de décès de cette idéologie qui avait justifié les deux interventions militaires. Elle s’est pourtant enracinée dans le débat.

Il y a vingt ans, la réaction aux attaques terroristes du 11 septembre 2001 avait marqué une rupture dans la politique étrangère américaine : le réalisme pragmatique avait cédé devant une forme de « mission civilisatrice », un interventionnisme d’essence idéologique par lequel les États-Unis devaient imposer les « valeurs de la démocratie », y compris par la force. Soutenu par des figures du néoconservatisme américain*, ce tournant des relations internationales s’est accompagné d’un basculement dans la bataille des récits : le discours dominant de la « globalisation heureuse » a laissé place à la « lutte contre l’axe du Mal » et à une « guerre contre la terreur » aux intonations vengeresses.

Deux décennies plus tard, « la guerre contre la terreur » a montré toutes ses limites symboliques et opérationnelles avec le retrait américain de l’Afghanistan et la reprise de Kaboul par les talibans. En sus de son coût financier et humain, le bilan politique, moral et symbolique de l’invasion de l’Afghanistan s’inscrit dans la lignée de la tragédie irakienne. Initiée sans l’aval de l’ONU, l’intervention en Irak de la coalition anglo-américaine en 2003 a provoqué la chute d’un dictateur, mais a suscité une déstabilisation meurtrière de la région ; elle a nourri la naissance et le renforcement de groupes djihadistes (dont Daech), et a affecté profondément et durablement la croyance dans certaines valeurs comme le respect de l’Etat de droit et des droits humains. Aux centaines de milliers de victimes irakiennes, s’ajoute le recours massif à des « techniques d’interrogatoire renforcées », soit une normalisation de la torture par l’armée américaine et la CIA. Aujourd’hui, le camp de Guantanamo, symbole de cette faillite du droit et de la morale, n’a toujours pas fermé ses portes.

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