Ces prix Nobel de la Paix qui déclenchent des guerres

Barack Obama reçoit le prix Nobel de la paix en 2009, moins d’un an après son entrée à la Maison blanche. L’académie d’Oslo entend récompenser l’engagement du président américain à rompre avec le cycle d’interventions militaires lancées par son prédécesseur, George W. Bush, en Afghanistan en 2001 et en Irak en 2003. Mais, si le chef des armées des Etats-Unis tient sa promesse de retirer ses troupes d’Irak en 2011, il engage la même année son pays dans la campagne de l’OTAN en Libye, qui aboutit au renversement du colonel Kadhafi et de son régime. Surtout, Obama décide d’adopter une stratégie résolument offensive en Afghanistan, en augmentant le contingent américain de 36.000 à 68.000 soldats dès 2009, puis plus de 100.000 en 2010. Son objectif est de porter des coups suffisamment sévères à l’insurrection en vue de faciliter le retrait américain, même si cela conduit à saboter les ouvertures de paix de Kaboul en direction des talibans. L’échec d’une telle stratégie militariste vide de sens l’annonce d’Obama d’un retrait des troupes combattantes en 2014. La réalité du conflit afghan, quand Trump entre à la Maison blanche en 2017, continue d’opposer les talibans à l’armée américaine plutôt qu’aux forces afghanes.

LeaJe prix Nobel de la Paix est décerné en 1991 à Aung San Suu Kyi au nom de « son combat non-violent pour la démocratie et les droits de l’homme ». La figure de proue de l’opposition birmane est alors placée en résidence surveillée par la junte militaire qui tient le pays d’une main de fer. Autorisée enfin à se déplacer en 2010, elle remporte les élections de 2015 et devient, l’année suivante, le chef de facto du gouvernement, ainsi que la façade civile d’un régime où l’armée continue de peser d’un poids prépondérant. C’est donc Aung San Suu Kiy qui, en 2017, justifie sur la scène internationale l’expulsion de la minorité musulmane des Rohingyas, qui s’accompagne de massacres systématiques, au point que l’ONU évoque des « éléments de génocide ». Cette position est jugée tellement choquante que de nombreuses institutions retirent à Aung San Suu Kyi les distinctions que sa lutte pour les libertés lui avaient auparavant values. Depuis le putsch de février dernier, Aung San Suu Kyi est de nouveau assignée à résidence par ces mêmes militaires dont elle a si longtemps cautionné les exactions anti-musulmanes.

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