La très restrictive loi sur l’avortement au Texas rappelle que les chasseurs de primes existent toujours aux Etats-Unis

La loi en question se distingue d’autres initiatives contre l’avortement aux Etats-Unis, car elle repose « exclusivement » sur les citoyens. Le texte encourage ainsi la population à porter plainte au civil contre ceux qui aideraient des femmes à avorter après six semaines de grossesse – à ce stade, beaucoup de femmes ignorent encore qu’elles sont enceintes. Cet entourage peut inclure le docteur, mais aussi potentiellement le chauffeur du taxi qui a amené la patiente à la clinique ou des proches qui l’ont aidée à financer la procédure.

En cas de condamnation, le citoyen qui a dénoncé, devenu plaignant, percevra au moins 10 000 dollars de « dédommagement » (environ 8 500 euros).

Saisie en urgence par des associations de planning familial, la Cour suprême a refusé de bloquer cette loi, portant le coup le plus sévère au droit à l’avortement en près d’un demi-siècle aux Etats-Unis. Parmi ceux qui auraient voulu s’y opposer, la magistrate progressiste Sonia Sotomayor a dénoncé une décision « stupéfiante », prise par cinq juges sur neuf : « Dans les faits, [le Texas] a mandaté les citoyens de cet Etat pour devenir des chasseurs de primes. »

Déjà, des associations appellent à dénoncer anonymement ceux qui « aident ou soutiennent » des femmes cherchant à avorter et des responsables conservateurs d’autres Etats américains ont dit vouloir suivre l’exemple texan.

Si la tradition des chasseurs de récompenses remonte au Moyen Age en Europe, cette pratique est désormais largement illégale à travers le monde. Elle rappelle les temps anciens des célèbres posters « Wanted » et des cow-boys justiciers du Far West américain. Une activité controversée qu’on ne retrouve ailleurs dans le monde qu’aux Philippines.

Aux Etats-Unis, ils existent bien. Ces bounty hunters (« chasseurs de primes ») sont chargés de rechercher les fugitifs, qui sont, pour la plupart, des accusés libérés sous caution dans l’attente de leur comparution devant un juge et qui ont emprunté cette somme auprès d’entreprises spécialisées. Si l’accusé décide de fuir, c’est cette entreprise qui mandate des chasseurs de primes pour le retrouver et récupérer sa caution. Gilet pare-balles, menottes… Certains chasseurs peuvent être lourdement armés et même autorisés à entrer dans des résidences privées.

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