Seuls les fous (et les économistes) croient à une croissance sans fin 

La croissance du PIB demeure la boussole suprême de nos économies que les conjoncturistes commentent et prévoient à la décimale près. De simples décélérations de quelques dixièmes de points suffisent à déclencher l’émoi. Observateurs et commentateurs faisant mine d’avoir accès à une mesure de la même précision qu’un phénomène physique ou biologique. Et dans un monde de concurrence et de sélection, soumis à la recherche d’efficacité à tous les niveaux, le plus est forcément synonyme de mieux. Bien que nous soyons de plus en plus conscients des effets collatéraux négatifs de la croissance sur la planète ou la santé mentale, nous devenons pour la plupart amnésiques et étanches à ces problématiques dès qu’il s’agit de commenter le petit chiffre magique et aveuglant de la croissance.

Ce rituel rassurant du chiffre millimétrique a été dynamité par la crise sanitaire. Pris dans le gigantesque stop and go des confinements/déconfinements avec des taux de variation d’une ampleur inégalée, nous avons réalisé à quel point le monde que nous commentions précédemment était lisse et d’une régularité irréelle. Et pour cause : sur les 160 trimestres que compte la période 1980-2019, seuls 18 trimestres ont affiché des scores négatifs aux États-Unis et 25 en zone euro et moins de 10 trimestres ont connu des baisses supérieures à 0,5% de part et d’autre de l’Atlantique. Une économie, ça croît quoiqu’il arrive, sauf rare exception. Imaginer avant mars 2020 un décrochage prolongé de plus de 1 ou 2% du PIB aurait relevé de la catastrophe majeure.

Et au fond de lui, tout économiste est convaincu, sans qu’il sache vraiment l’expliquer, que le PIB c’est comme une bicyclette, pour détourner une citation d’Einstein sur la vie : il faut avancer pour ne pas perdre l’équilibre. Pour reprendre encore une citation de Kenneth Boulding : « celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste ». En effet, un économiste ne peut imaginer un monde sans croissance. Tout son appareil statistique le convainc que cette dernière est un processus inépuisable, quasi inéluctable. Chaque trimestre, à quelques exceptions près, il y aura un peu plus d’emploi, d’équipement et surtout un zest de productivité qui élève de façon métronomique la richesse des nations. Les périodes qui enfreignent cette loi sont rares et brèves.

La suite ici : Olivier Passet, Xerfi – Seuls les fous (et les économistes) croient à une croissance sans fin – Décryptage éco – xerficanal.com