La social-démocratie : crise et fin ? 

Cette année ont paru sur le sujet deux travaux importants émanant d’ « autorités » en la matière : Pascal Delwitt et Mateo Alaluf (l’un comme l’autre Professeurs à l’ULB). Les titres sont interpellants : « C’est la chute finale » et « Le socialisme malade de la social-démocratie » [2] . Leurs perspectives – l’une statistique, l’autre socio-politique – se complètent.

P. Delwitt a croisé les résultats électoraux des partis sociaux-démocrates dans 32 pays européens entre 1870 et 2019 (692 élections !). Après un premier envol au début du XXe siècle, la social-démocratie atteint un pic électoral dès les années 1930 entre 30-40%, et se stabilise à ce niveau durant un demi-siècle. Les années 1980 voient s’amorcer un net ralentissement (25-35%), avant un « déclin catastrophique » entre 2010 et 2019 (22% en moyenne aujourd’hui).

En gros, les partis sociaux-démocrates se répartissent aujourd’hui en 3 grandes catégories : (1) les figurants qui ont dégringolé autour de 5 % (tels le PS français, le PASOK grec ou le PvdA néerlandais) ; (2) les seconds rôles qui, avec 10-15%, ne pèsent plus vraiment sur l’échiquier politique de leurs pays (le SPD finlandais, le LSAP luxembourgeois, ou Vooruit en Flandre), auxquels on peut ajouter les stars déchues (SPÖ autrichien, SPD allemand ) détrônées à gauche par les Verts ; (3) les quelques partis encore capables, avec des résultats autour de 25-30%, de se hisser en haut de l’affiche : le PS portugais (le seul qui pète la forme), le PSOE (Espagne), le SAP (Suède) et … le PS francophone [3] .

Ce dernier reste premier parti en Wallonie, mais il dévisse : 26% lors du dernier scrutin, contre 36% en 2010. 213.000 électeurs perdus (dont 160.000 au profit du seul PTB) ! Et il s’effrite encore de sondage en sondage, où on le retrouve désormais dans un mouchoir de poche avec le PTB, le MR et Écolo. Autant dire que son leadership est en jeu.

Bien sûr, on peut toujours relativiser. Après tout, l’autre grande famille politique hégémonique en Europe au XXe siècle, la démocratie chrétienne, a connu ces dernières décennies une déglingue encore plus spectaculaire. Et la famille libérale ne profite pas de la méforme de ses adversaires. Mais ne faisons pas l’autruche : la social-démocratie traverse une crise existentielle. Mieux vaut essayer de comprendre pourquoi. C’est ce que fait Mateo Alaluf, avec le mordant qu’on lui connaît, dans son dernier livre.

La suite ici  : La social-démocratie : crise et fin ? (carte blanche)