Vaccins contre le Covid-19 : « soft power » et poudre aux yeux

Il est des émulations vertueuses, et il en est dont on ne sort pas grandi. La compétition à laquelle se livrent, sous couvert de « soft power », les puissances du G7 sur la distribution des vaccins anti-Covid-19 aux pays qui en manquent cruellement relève malheureusement de la seconde catégorie.

Réunis depuis vendredi 11 juin à Carbis Bay, en Grande-Bretagne, les dirigeants de ce club de pays riches et démocratiques ont fait savoir qu’ils s’engageraient ensemble à faire don d’un milliard de doses, afin de « vacciner le monde ». Le président Joe Biden a promis que les Etats-Unis en fourniraient la moitié. Pour ne pas être en reste, le premier ministre britannique, Boris Johnson, a avancé 100 millions de doses, comme le Canada. L’Union européenne (UE) s’est abstenue de surenchérir, campée sur sa posture de mère la vertu puisqu’elle est le continent qui exporte le plus de vaccins depuis le début de la campagne d’inoculations.

Voilà pour les annonces. Un examen plus approfondi de ces engagements, et en particulier du calendrier de livraisons, éclaire la situation d’une lumière moins flatteuse. La plupart de ces pays ont commencé leur campagne de vaccination nationale à la fin de l’année 2020. Certains ont, très tôt, commandé, et donc accaparé, des centaines de millions de doses aux laboratoires pharmaceutiques dont les travaux sur le vaccin contre le Covid-19 paraissaient prometteurs et qu’ils avaient généralement subventionnés. Alors que les Etats-Unis et le Royaume-Uni commençaient à vacciner leur population, il est apparu qu’ils disposeraient de beaucoup plus de doses qu’ils n’en avaient besoin à court terme. Les pays de l’UE, à ce stade, se débattaient encore avec un grave problème d’approvisionnement.

Il a fallu six mois à Washington et à Londres pour commencer à s’intéresser au reste du monde. Une fois l’objectif de 50 % des Américains vaccinés atteint, l’administration Biden a pris conscience des dégâts que pouvaient infliger à son image les accusations de « nationalisme vaccinal », tandis que la Chine déployait son propre dispositif. Parallèlement, les ravages d’un nouveau variant du virus en Inde plaçaient brutalement les projecteurs sur l’inégalité vaccinale au niveau mondial.

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