Shlomo Ben-Ami.  L’héritage empoisonné de Bibi 

Netanyahou a par exemple soutenu la législation nationale de 2018 consistant à faire des Arabes israéliens des citoyens de seconde classe. Il a également poursuivi un objectif d’annexion des terres palestiniennes – une question sur laquelle les coalitions israéliennes de droite avaient historiquement toujours hésité – normalisant ainsi de fait le sionisme religieux extrême.

Les gouvernements successifs de Netanyahou ont œuvré sans relâche pour créer les conditions d’une annexion de la Cisjordanie occupée. Netanyahou a parfois semblé faire primer le fantasme de la Judée et Samarie – partagé par un grande partie de sa base électorale – sur Israël lui­-même, consacrant plusieurs milliards de dollars à sa réalisation.

Et pourtant, il est arrivé que Netanyahou ne se montre pas aussi actif dans la construction de colonies juives en Cisjordanie que son électorat l’aurait souhaité. En 2009, il a ainsi suspendu pendant dix mois l’installation de nouvelles colonies, une décision que la secrétaire d’État américaine de l’époque, Hillary Clinton, qualifiera de « sans précédent » (bien qu’aucune restriction n’ait concerné les milliers de bâtiments alors déjà en construction, qui étendaient les colonies existantes.

En 2014, Netanyahou négociera un cadre de paix avec le président palestinien Mahmoud Abbas, dans lequel il adoptera plusieurs positions raisonnables contre toute attente. Pour ne pas contrarier sa base électorale de droite, il refusera toutefois de limiter les constructions de colonies juives en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, même pendant les négociations.

Une logique similaire sous-tend les concessions exorbitantes faites par Netanyahou à la communauté orthodoxe d’Israël, qui ont constitué un recul par rapport aux efforts qu’il avait fournis au poste de ministre des Finances, au début des années 2000, pour sevrer cette communauté de sa dépendance aux allocations d’État. Par opposition, Netanyahou a beaucoup moins investi dans l’amélioration des conditions de vie à la périphérie plus pauvre d’Israël, confiant dans l’idée que ses attaques incessantes contre les vieilles « élites » libérales suffiraient à lui assurer le soutien des électeurs dans cette région.

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