Le Royaume-Uni ressent les symptômes du Brexit 

« L’impréparation des Britanniques était prévisible et manifeste. Pour autant, l’Europe fait preuve en ce début d’année d’un rigorisme discutable, parce que voir le pays sortant de l’Union se débrouiller mieux qu’elle sur la vaccination envoie un signal politique désastreux », explique Aurélien Antoine, directeur de l’Observatoire du Brexit.

Pour rappel, une sortie sans accord du Royaume-Uni a été évitée de justesse. Il n’y aura donc pas de retour des quotas ni de droits de douane systématiques sur les échanges trans-Manche. L’accord de coopération signé fin décembre 2020 instaure toutefois un certain nombre de barrières au commerce par rapport aux avantages fournis par le marché unique. Désormais, un exportateur britannique doit, entre autres, « établir l’origine de ses biens – seuls les produits justifiant d’un contenu local suffisant bénéficient de l’exemption des droits de douane –, déclarer ses exportations aux douanes, produire des licences et certificats montrant que le produit satisfait aux règles en vigueur dans l’Union européenne, etc. », détaillent Vincent Vicard et Pierre Cotterlaz, économistes au Cépii.

« La frontière [entre le Royaume-Uni et la France, NDLR] était à l’origine totalement fluide ; elle doit désormais accueillir de nombreux parkings et des arrêts pour les contrôles douaniers, sanitaires et phytosanitaires« , explique Isabelle Braun-Lemaire, directrice générale des Douanes françaises, auditionnée début avril par la Commission des finances du Sénat. Les chiffres rapportés par le directeur interrégional des douanes des Hauts-de-France, Jean-Michel Thillier, font état pour le mois de mars de 17 000 contrôles sur 145 000 camions qui se sont présentés à la frontière française en provenance du Royaume-Uni, soit un taux de vérification de 15 %.

Selon les premières estimations, les exportations britanniques vers l’Europe ont chuté en valeur de 75 % en janvier 2021 par rapport à décembre 2020 pour les produits alimentaires (nourriture et boisson confondues), ou encore de 25 % dans le secteur médical. Selon le bilan global de l’Office national des statistiques britanniques, tous pays confondus, les exportations britanniques de biens ont chuté de 19 % par rapport au mois précédent, et les importations de 22 %. Mais la concomitance du Brexit et de la pandémie de Covid-19, qui a forcé le Royaume-Uni à décréter un nouveau confinement début janvier, a brouillé quelque peu les pistes et rend difficile l’isolement de l’impact du Brexit. Est-ce à dire qu’on ne connaîtra jamais l’impact du divorce entre Londres et Bruxelles ? En réalité, on peut d’ores et déjà déceler quelques indices en y regardant de plus près.

La suite ici : Le Royaume-Uni ressent les symptômes du Brexit – Voxeurop