Data mining et protection des données personnelles, une urgence démocratique

À l’ère des Big data, on ne voit pas pourquoi ni comment il s’arrêterait, tant les évolutions technologiques et la fascination pour des modes de régulation par les algorithmes alimentent cette soif de compilation et de manipulation infinie de données. Et l’agitation autour du Règlement général sur la protection des données (RGPD), auxquels sont astreints aujourd’hui nombre d’acteurs publics (dont les Universités en matière de recherche) semble une parade bien dérisoire face à la marée montante et incontrôlée des gigantesques banques de données. Au point qu’on en arrive à se demander si la protection des données n’est pas un cadeau empoisonné pour la vie privée et la liberté individuelle qu’elle est censée protéger…

On s’offusque à juste titre du système de contrôle chinois, mais la collusion entre nos États de droit démocratiques et le secteur privé, à commencer par les Gafam, donne un tableau guère plus réjouissant, d’autant que ces mêmes États se posent en défenseurs des libertés et n’hésitent pas à donner des leçons au reste du monde.

Le processus en lui-même pose question. L’accumulation de données personnelles dans les domaines les plus divers, leur stockage et leur traitement à travers un réseau interconnecté de banques de données aux finalités souvent très divergentes et le transfert de ces données d’un domaine à l’autre a de quoi faire froid dans le dos. À l’ère du profilage et du data mining, c’est moins le monde de Kafka que Le meilleur des mondes d’Adolphe Huxley ou le 1984 de George Orwell qui se dessine, un monde gouverné par le primat d’une logique de contrôle et de surveillance de nos actions, mais aussi de formatage de nos pensées et de nos désirs. C’est ce que Deleuze, Negri, Hardt ou Agamben dénonçaient déjà il y a plus de trente ans, avec l’émergence d’une société de contrôle relayant voire supplantant les institutions disciplinaires, où toutes les réalités sociales sont de plus en plus fragmentées, à commencer par l’in-dividu.

Les publicitaires et les commerciaux ont bien compris l’usage possible de cette logique de contrôle invisible et de profilage construite à partir de la récolte de données personnelles, toujours partielles et souvent partiales, dont le croisement permet à divers acteurs privés d’optimiser sous forme de conseils ou de suggestions le message subliminal qu’ils souhaitent faire passer auprès d’un (in)dividu « profilé ». De son côté, le monde politique a bien saisi également le profit à tirer d’une technologie permettant de rationaliser toujours plus l’action publique ou d’optimiser la gestion de la vie grâce à la collecte et au traitement automatisé d’informations nous concernant.

La suite ici : La chronique Carta Academica: data mining et protection des données personnelles, une urgence démocratique