Le Danemark brade le droit d’asile

S’il est une valeur historiquement et tragiquement liée à l’histoire du continent européen, c’est bien le droit d’asile. La convention de Genève sur les réfugiés adoptée en 1951 est la clé de voûte d’un système de protection international conçu sur les décombres d’une Europe qui n’avait su ni protéger les juifs persécutés ni empêcher le déplacement massif des réfugiés de guerre. Aujourd’hui ratifiée par 145 pays dans le monde, elle pose le principe fondamental du non-refoulement : aucun réfugié ne doit être renvoyé dans un pays où sa vie ou sa liberté sont menacées.

Le Parlement danois, en adoptant, jeudi 3 juin, un projet de loi prévoyant de renvoyer vers un pays tiers les demandeurs d’asile, sans même les admettre sur son territoire en cas de réponse favorable, soumet ce principe européen fondamental à une attaque sans précédent. Que ce texte vise à reporter sur des pays pauvres et non démocratiques – moyennant rétribution par le Danemark – la charge d’instruire les demandes d’asile, mais aussi la protection des éventuels réfugiés ou leur expulsion en cas de rejet de leur dossier, laisse pantois.

Le Rwanda, premier pays avec lequel Copenhague a signé « un protocole d’entente » dans ce sens, emprisonne ou élimine ses propres opposants. Il cherche probablement à acquérir une respectabilité en proposant ses services, mais ne saurait être habilité à appliquer le droit d’asile au nom d’un Etat européen.

Une telle « externalisation » du traitement des demandeurs d’asile crée un terrible précédent dans une Union européenne (UE) qui reporte déjà sur les pays situés à son pourtour, comme la Turquie, le Maroc ou la Libye, la charge de retenir les migrants non autorisés à franchir ses frontières extérieures. Même si le Danemark, membre de l’UE, n’adhère pas à la politique des Vingt-Sept en matière d’immigration et d’asile, la politique qu’il affiche représente une régression insensée.

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