« Les narratifs du monde d’après restent à réinventer »

La pensée libérale qui régit largement le monde dans lequel nous vivons depuis les débuts de l’ère industrielle et dont nous connaissons désormais les limites, en particulier écologiques, repose sur un ensemble de « narratifs » auxquels nos sociétés occidentales ont largement contribué.

Comme tout narratifs, ils présentent des traits communs : on y trouve des grands personnages, des figures parfois mythiques confrontées à des péripéties ou à des défis, faisant à cet égard preuve de courage, d’esprit d’invention, et servant de référence pour les générations futures. La figure de l’inventeur née au XIXe siècle, avec Pasteur et Edison, qui étaye l’histoire du capitalisme jusqu’à Bill Gates et Elon Musk, écrit ainsi la conquête de l’homme (oblitérant au passage le rôle des femmes dans cette aventure) sur la nature, associant vertueusement l’esprit de créativité, le pouvoir de la science et de la technologie pour le bien-être des peuples et l’esprit d’entreprise qui permet d’en démocratiser progressivement les produits et services.

Peu importe le cortège de dommages résultant de ce grand narratif historique, de l’esclavage à la colonisation, de la domination des femmes à l’exploitation des ouvriers, de l’usage effréné des ressources planétaires à la pollution des sols et de l’air, nos grandes figures mythiques structurent notre imaginaire et suscitent l’admiration de générations d’étudiants et d’hommes politiques. Nous les célébrons depuis les expositions coloniales et universelles encore à ce jour, même si nous les teintons d’écologie et que fort heureusement nous avons progressé dans la reconnaissance de droits, des enfants, des femmes, des peuples à disposer d’eux même etc…

L’objectif de ces narratifs est de construire des objets de désir qui, à l’échelle d’une société, viennent servir divers intérêts, pour reprendre une figure deleuzienne. Notre monde « capitaliste » (pour aller vite …) a ainsi produit ces grandes figures désirables qui lui permettent de fonctionner au service d’une économie productiviste basée sur quelques concepts dont on ne peut que constater aujourd’hui l’obsolescence dans le contexte de crise écologique que nous connaissons.

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