France-Rwanda, le dernier cercle de la vérité reste à traverser

Venant après 27 ans de déni et un Himalaya de mensonges et de désinformation, la visite à Kigali du président Macron représente un tournant important dans les relations entre la France et le Rwanda. On peut espérer que les paroles que prononcera le chef de l’Etat français apporteront quelque réconfort aux survivants, aux familles des victimes, et, plus largement, à tout un peuple qui, en 1994 s’est senti trahi et abandonné. Ce voyage a été rendu possible par la publication, quasi simultanée, des conclusions de deux commissions d’enquête : un travail mené en France par des historiens dirigés par Vincent Duclert et qui a conclu à un « aveuglement accablant » des autorités françaises de l’époque, et un autre par un cabinet d’avocat américain travaillant pour KIgali, qui a lui aussi écarté le terme de « complicité ». Les termes modérés utilisés à Paris par le président Kagame ont contribué à ce dégel diplomatique qui ouvre la voie à une normalisation des relations entre les deux pays.

Cependant, la recherche de la vérité a procédé par cercles concentriques et le travail des historiens a été limité par la méthode qui leur a été imposée : ils ont eu accès aux archives, ou en tous cas à une bonne partie d’entre elles, enfin déclassifiées et ils en ont tiré les conclusions avec honnêteté. Mais le dernier cercle, une immense zone grise, est demeurée hors d’accès : il s’agît des documents qui furent brûlés dès le 7 avril 1994 dans l’enceinte de l’ambassade de France à Kigali, des « ordres non écrits » qui partaient de l’Elysée et ne furent jamais révélés par le secrétaire général de l’époque Hubert Védrine, du rapport de la première commission d’enquête qui fut dirige par Paul Quilès. Ce dernier cercle est aussi celui des relations entre le régime Habyarimana et une certaine France de l’époque, l’Elysée, la coopération militaire, ces milieux sulfureux où se mêlent marchands d’armes, agents secrets et services spéciaux agissant dans l’ombre. La plupart des documents ayant été détruits ou subtilisés, l’ « histoire orale » n’a pas été sollicitée par les historiens.
Le mystère de l‘attentat demeure entier.

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